A quelques kilomètres de Hell Ville, « capitale » de l’île de Nosy Be, c’est l’enfer… On rappelle brièvement les faits, du moins ce que raconte les grands journaux de la capitale. « On dit » qu’une prostituée a découvert le cadavre d’un enfant de huit ans sans sexe et sans sa langue rejeté par la mer (?) deux étrangers dont un français et un autre italien, suspectés de kidnapping, de pédophilie ou encore de trafic d’organe (encore à préciser) subissent le tribunal populaire et se font brûler sur la plage. Après d’autres personnes vont subir le même sort.

  • Signe de manque de confiance au système judiciaire :

Ce tragique événement est un signal fort que la population envoie à l’autorité locale mais aussi à l’ensemble du système judiciaire de Madagascar. Si on revient un peu en arrière, un peu partout dans l’île, divers cas de tribunal populaire ont eu lieu ces douze derniers mois. Cela signifie qu’on ne fait plus confiance ni aux gendarmes ni à la police mais aussi aux magistrats et à tout l’ensemble du système où certaines personnes « vazaha » ou « nationaux » ayant de longs bras s’en tirent souvent à plus ou moins bon compte.

Il semblerait que la population préfère se charger de ces cas particuliers au lieu de laisser le soin à la justice malgache de s’en occuper au risque de revoir ces personnes sortir du prison après quelques jours seulement voire même ne pas en faire du tout. Ce qui s’est passé à Nosy Be n’était pas un cas isolé. En comparaison, le groupe de prêtres suspecté de s’adonner eux aussi à ce genre de trafic s’en sont bien sortis et ont même réussi à museler la presse et l’opinion publique. Les hommes oublient facilement…

  • Signe d’abus :

Cette situation ne peut pas être le fruit d’une élément isolé qui ne s’est produit qu’une seule fois. Connaissant un peu l’île de Nosy Be, on sait que certains étrangers ont des comportements osés sur l’île. Il y en a qui se permettent et considèrent les locaux comme juste des servants. Avec des quads, des motos ou des catamarans, certaines personnes s’imaginent être au dessus d’autres. Comme les prostituées en profitent et comme les « jaombilo » (gigolos) profitent aussi de ce que leur ramène leur compagne ou leur épouse, tout le monde se tait. Mais arrive une situation où personne ne peut plus tolérer et voilà ce qui arrive.

  • Signe d’une impunité généralisée :

A quelques jours après ces moments tragiques, je n’ai pas encore entendu parler d’arrestation du côté de ceux qui ont brûlés vifs les deux étrangers. Non pas que je sois pour ces malheureux mais surtout parce que l’acte peut être assimiler à du homicide voire du meurtre. La question que pourra (se) poser ces personnes serait alors : « qu’en est-il si on tue un meurtrier, un hors-la-loi »? Ce sera aussi un homicide.

D’un autre côté, on s’étonne que ce genre de trafic se déroule impunément au grand jour sans qu’aucune enquête ou aucun déballage médiatique n’ait eu lieu. Toute traite de personnes, de kidnapping, de pédophilie, de trafic d’organe ou toute acte similaire sont intolérables et inacceptables. Soit les forces de l’ordre sont complices et se taisent, en connaissance de cause, soit elles ne sont pas au courant car on ne se daigne pas lever le petit doigt lorsqu’un enfant a disparu. Heureusement que ce n’est pas l’ensemble de la force de l’ordre qui est comme cela mais il y en a…

  • Signe de ras-le-bol vis-à-vis des hors-la-loi :

A Madagascar, on connait le problème entre les policiers et les magistrats. La police attrape les malfaiteurs et le tribunal les libère. On connait les histoires anecdotiques des policiers qui se chamaillent avec des gendarmes et qui se finissent mal. On connait l’ensemble des principaux problèmes entre la force de l’ordre et les magistrats. L’un accuse l’autre de corrompu, les enquêteurs montrent du doigt ceux qui louent des kalachnikov etc.

Dans toute l’histoire, c’est la population qui souffre. Des innocents sont condamnés, des coupables libérés, les gens de la campagnes dorment dans les champs pour mieux protéger la récolte, les bandits de grands chemins travaillent avec des véhicules et des armes de qualité, des témoins attestent que parmi les assaillants il y avaient eu des hommes en uniformes etc. Et c’est là que les gens dans les quartiers ont décidé de faire leur loi et malheur aux criminels qui osent les défier.

La solution la plus radicale consiste à brûler vivants les criminels attrapés. A chaque délinquant capturé, des hommes et des femmes s’attroupent tels des loups affamés prêts à bondir sur la proie. Les signes d’insécurité préoccupent une grande partie de la population et chacun pense ainsi intimider les criminels.

  • Signe de désespoir et d’état d’esprit primitif :

Dans des endroits dans le monde, on coupe le doigt des voleurs à la tire capturés, on coupe la main de certains criminels, etc. A Madagascar, il est redevenu plus facile de brûler vif ces personnes. Je condamne fermement tout acte visant à tuer son prochain car nous ne sommes que des hommes. Personne n’a le droit de vie et de mort comme faisaient les seigneurs d’autrefois.

Autant la population locale qui a réalisé ces horreurs, les deux personnes brûlées vives, s’il s’avère qu’ils étaient réellement coupables et pas seulement complices, n’ont aucun droit de tuer qui que ce soit.

Il faut remettre les choses en place, revoir le système judiciaire et son incorruptibilité, rassurer la population sur l’efficacité réelle des forces de l’ordre. Protéger tous les citoyens et renforcer les enquêtes judiciaires. C’est tout un programme mais il faudra commencer quelque part.