Les longs week-end ont toujours été sympathiques, surtout pour ceux qui planifient de quitter un peu la ville. A Madagascar, les familles de classe moyenne partent, s’ils ont le choix et les moyens, de préférence au bord de la mer : Mahambo, Foulpointe, Toamasina, Vatomandry, Manambato (oui il y a la mer juste en face et derrière le lac Rasoabe), Ambila Lemaitso et j’en passe. Il y en a qui partent ailleurs, comme à Andasibe, Ampefy, Moramanga, Arivonimamo ou Antsirabe. Les autres endroits sont relativement loin, il est presque difficile de s’y rendre sauf par avion.

Pour ma part, j’aime bien aller à la campagne pour me ressourcer. La campagne ici, ce n’est pas la banlieu de Tanà à 10-12km de la Gare ferroviaire comme on a l’habitude de mesurer, mais vraiment assez loin, là où le temps semble vraiment s’être arrêté. Avant, j’aimais bien lorsqu’il n’y avait pas de réseau téléphonique ou d’eau courante et encore moins d’électricité. Cela peut être perçu comme de l’exotisme et non pas une tare, et où la voiture a fait place aux bicyclettes dépeintes et des chars à boeufs nonchalants.

La campagne des hauts plateaux renferme cette touche naturelle de préservée par la technologie et de l’urbanisation sauvage existant actuellement. On y a toujours négocié en Ariary et non pas en Francs comme il fut un temps dans les grandes villes.

Depuis ma tendre enfance, plusieurs activités de la campagne m’ont  déjà marqué :

  • sortir et garder les zébus : il y a un certain rituel pour sortir les boeufs de leur « vala » . Dans les villages où j’avais l’habitude de me rendre, le matin, on faisait descendre les zébus (car il s’agit d’eux, ces fameux boeufs à bosse!) dans les plaines, près de la rivière et où dans les rizières. Pendant ce temps, les jeunes bouviers profitent pour jouer à divers jeux tels que fabriquer des zébus et char d’argile, attraper des grillons pour leur faire tirer des boîtes d’allumettes en guise de char à zébu (le grillon, jouant le ôle du zébu) ou encore nager tout nu dans la rivière. Et oui, en tant qu’enfant, de surcroit à la campagne, il n’y a pas de complexe à le faire et il y a moins d’arrière pensée pour les moins jeunes.
  • garder les zébus (2ème partie), vers midi, lorsque le soleil est bien haut et se trouve au zenith, on remonte les zébus près des foyers, on en profite pour déjeuner si les femmes et les soeurs ne ramènent pas le riz et son accompagnement dans les champs, et on repart vers les différents monts autour du village. En général, cette partie de la campagne est boisée et on y retrouve le plus souvent des bois de pins ou encore du palissandre ou d’autres espèces en fonction de la région. L’après-midi, les jeunes bouviers, lorsqu’ils ne vont pas à l’école, jouent à des jeux de garçons. On fait la course, escalade les arbres, fabriquent des maisonnettes ou des huttes en bois et en feuilles.
  • piler le riz : de temps à autres, on doit aider les femmes et les filles à piler le riz. C’est une activité assez rythmée et conviviale. Les femmes rient, discutent des dernières nouvelles du village à haute voix et se conseillent mutuellement de leur connaissance de la cosmétique, un peu comme en ville et toute proportion gardée. Les enfants qui aident se trouvent le plus souvent au coeur de l’action et agissent plus que les femmes qui doivent le faire normalement. Mais je reconnais que ce n’est pas aussi dansant que ce qui se passe dans les villages africains.
  • puiser de l’eau : en général, ce sont les filles qui doivent le faire. Mais c’est aussi une occasion pour les jeunes garçons de retrouver des jeunes filles de leur âge et commencer à découvrir les jeux de l’amour et de la séduction. Il faut le dire, les garçons, et surtout les hommes dans les campagnes malagasy ne sont pas des exemples de galanterie. On séduit et rigole mais jamais on ne pote pas les seaux des filles. D’ailleurs en guise de seaux, on utilise le plus souvent des citrouilles vidées et séchées. Le plastique n’a fait son apparition à la campagne qu’assez tardivement.
  • travailler la terre : je pense que l’expression « pourquoi tu bêches » a comme source la campagne. En effet, bêcher la terre devient vite ennuyant que cela est perçu comme une malédiction plutôt qu’une bénédiction. En tout cas, la partie qui me plaît le plus lorsqu’on travaille la terre est celui où je monte derrière la charrue tirée par les deux zébus pour créer assez rapidement un bon sillon. C’est quand même une belle invention la charrue parce qu’avec une bêche traditionnelle cela prend trop de temps et beaucoup d’efforts pour l’homme de travailler la terre.
  • pêcher : je n’ai jamais été adepte de la pêche où l’on jette sa ligne et on fait la sieste en attendant. Quel intérêt de pratiquer la pêche ainsi. C’est à la limite de la paresse. Comme on dit en malagasy  » faire du Ariary 100 au lit » (manao ariary zato am-pandrina: ou littéralement chercher de l’argent en ne rien faire). Mais c’est une occasion d’observer la nature, d’apprécier le calme de la campagne sans être contraint de faire la discussion pour finalement ne rien dire.
  • chasser les oiseaux : c’est une pratique assez sauvage mais plutôt sympa. On répère les différentes branches ou les oiseaux aiment bien se poser. On les enduits de glue naturelle et on rabat les oiseaux vers ces pièges. Il faut reconnaitre que la chaire de ces oiseaux sauvages est quand même bonne et dès fois succulentes. On ne fabrique pas la glue, on a l’habitude de l’acheter au marché au jour de marché. Depuis quelques temps, les hommes assez fortunés du vilage se sont payés le luxe d’acheter des fusils de chasse mais personnellement je trouve cela assez sanguinaire.

Il existe plusieurs activités destressantes dans la campagne. Il faut juste trouver les affinités et les besoins car il ne suffit pas d’y aller pour se ressourcer et pour se reposer mais surtout pour se rendre utile voire donner aux siens la possibilités d’évoluer ou de se développer en leur aidant dans la démarche de l’électrification et d’adduction d’eau potable.

Depuis quelques temps, là où on a l’habitude de se rendre, peut être joint par téléphone. Lorsqu’il s’agit d’appel urgent c’est assez pratique mais pour les autres appels c’est assez dérangeant. Mais depuis quelques temps aussi, avec la technologie, le data s’est frayé une place à la campagne et du coup on peut surfer pour se détendre sans pour autant être contraint de vivre comme en ville. Mais pour recharger la batterie c’est une autre histoire.