Qui a dit que l’atmosphère malgache était lourde, très lourde et malgré cela la pluie tardait à venir. J’avais remarqué que durant les périodes de grèves et de manifestation populaire il y a toujours eu du soleil et du beau temps à Antananarivo et plus particulièrement sur la place de 13 mai. Durant la période cyclonique, l’énergie dégagée par les manifestants repoussaient même les cyclones qui menaçaient de traverser l’île, et en plus d’une fois s’il vous plaît. On a l’habitude de parler du l’effet ou de l’impact du battement d’ailes des papillons en Chine (pour ceux qui ne connaissent pas le dicton, ces battements risquent de causer de grave cataclysme à son antipode, bref…)

Ces deux dernières années, on a assisté à plusieurs cas de ras-le-bol généralisé de la population malgache. On assistait à une vague de départ, mais on constatait aussi une volonté de changer de vie et notamment de travail pour certains. Il n’y avait pas de raison particulière mais juste une pression sournoise qui planait au dessus de tous et qui rendait la vie très dure malgré tout. Cet état d’esprit s’est manifesté en deux ou trois fois. La première se manifestait autour de août à octobre 2008, la deuxième en mars à juin 2009 et la troisième est plutôt éparse.

Les médias sont souvent à l’origine de cette sensation, ceux qui suivent les actualités et qui ne sont pas directement concernés sont les plus souvent ceux qui ressentent cette lourdeur de la pression atmosphérique et de l’absence de sensation de bien-être au quotidien. Ici on ne parle ni de bonheur ni de malheur, on parle juste de sensation quotidienne, une ville ou un pays où il fait bon d’y vivre et d’y travailler. Première solution des conscients : arrêter d’écouter les journaux télévisés, parlés et écrits. Pas facile lorsqu’on a un choix limité de média de qualité. Ainsi, on se tourne plus facilement au divertissement, à la musique ou à la religion.

Mais comment éviter d’écouter les actualités lorsqu’on sait que l’insécurité règne et que des attentats persistent par-ci et par-là. On essaie de se tenir informer le minimum possible. Du moins par le biais des « bouche-à-oreille ». On est étonné de voir la rue déserte lorsqu’on sort du bureau vers le coup de 20h du soir et on est toujours aussi étonné de voir tant de jeune qui se lèvent tôt pour s’entraîner et courir le matin vers 4h30 jusqu’à 6h du matin. Une parenthèse sur ce phénomène : on manque gravement d’infrastructure à Madagascar car même les stades municipaux sont fermés au public.

Quand on veut rester on essaie de chercher l’optimisme autour de soi. Pour les femmes, c’est facile car il suffit d’aller faire les courses ou flâner dans les différents magasins. Mais voilà, les vendeuses ont aussi oublié la courtoisie et le sourire, certaine vous regarde à peine et préfère commérer avec ses collègues au lieu de vous servir comme il se doit. Une autre manière de se changer ses idées est d’aller faire un peu de sport pour éliminer les toxines et les mauvaises énergies sur soi. Mais dans les salles de sport ou sur les terrains on rencontre des personnes agressives et cyniques qui ont aussi perdu leur joie de vivre et leur gentillesse avec la situation actuelle.

On décide ainsi d’adhérer à une association ou à un club de service mais les débats politiques, la guerre de clans ainsi que la guerre de leadership inhibe la motivation dans une vie associative. On décide alors de sortir un peu et d’aller déjeuner ou diner dehors et continuer avec d’autres endroits sympas qui sortent de l’ordinaire. Mais là aussi on fait très attention à son portefeuille pour ne pas dépasser le budget prévu au risque de mal finir le mois. Bref, où va-t-on ? n’y-a-t-il point d’activité saine et ludique qui soit en même temps formatrice ?

Certains se réfugient dans la profession de foi et multiplie la participation à des cellules de prières ou des associations cultuelles. Ce qui n’est pas mal en soi sauf que le fanatisme guète et souvent ce n’est pas toujours la voie que certains recherche.

Pour ceux qui ont en le moyen, il existe plusieurs activités déstressantes et qui, le temps d’une soirée ou d’un après-midi, vous enlève de votre environnement quotidien pour vous projeter dans un monde fantastique. Ainsi, on peut jouer au paint-ball, au kart, au parapente, faire une randonnée en VTT et VTC, s’initier à des danses de salon, faire du squash ou du cheval, aller à la pêche ou partir le temps d’un week-end à Nosy Be, Sainte Marie ou plus près à Mantasoa ou à Ampefy. On a même croisé des hommes politiques qui passent un séjour pas loin de la ville car ils restent avec leurs amies chez un nouvel hôtel hype de la capitale et profite de la piscine.