On se demande souvent si les gens sont réellement conscients de l’environnement dans lequel ils vivent. Est-ce que les Tananariviens sentent et vivent toujours la crise et les conséquences immédiates de la post-crise (si post-crise il y a)?

Trois week-end de suite, quelques indiscrétions de la force armée ont fait savoir qu’il va y avoir un attentat ou plus précisément un coup d’Etat. Le week-end pascal, des gens déconseillaient l’emprunt de l’axe Ambohimalaza – Mantasoa pour la traditionnelle sortie du lundi de Pâques.

Le week-end d’après, après la réunion de quelques officiers, on ne sait où, on déconseillait aussi aux jeunes de sortir le samedi soir. Finalement, ce dimanche 18 avril 2010 on martèle à la télé que des réservistes ayant préparé un coup d’Etat au Palais de Mahazoarivo ont été arrêtés. D’après les différentes interviews officiels, les interpellations et les arrestations effectuées jusqu’au dimanche soir sont au nombre de 19.

La psychose provoquée par l’insécurité semble freiner la consommation et pousse plutôt les ménages à épargner le peu d’argent qu’ils possèdent encore. La situation incertaine, le tâtonnement ainsi que la conduite à vue de certains responsables ne rassurent pas du tout les malgaches (ainsi que les étrangers).

Déjà, à 20h du soir les rues sont calmes et désertes. Quelques minutes après, il y a les camions semi-remorques transportant les containers qui entrent en ville et perturbe temporairement ce calme et après plus rien. Les magasins ferment relativement tôt, les travailleurs font de moins en moins d’heures supplémentaires faute d’indemnisation ou de peur d’une malencontreuse aventure sur le chemin du retour.

Il est devenu plus sage de ne plus trimbaler sur soit des objets de valeur, si peu qu’ils soient, ou encore des billets de banques.  Du coup, fini les achats impulsifs et les petites courses de dernières minutes faute de moyen disponible. Par ailleurs, les jeunes font plus attention à leur dépense car craignant toujours le pire. Et si jamais? …. et si jamais? La joie de vivre reste toujours mais flamber n’est plus d’actualité.

Ainsi, la plupart de la population active se sert la ceinture : limitation et révision des frais de déplacement et/ou du budget carburant et par conséquent il y a aussi une limitation des sorties, des rencontres et des visites. On assiste aussi à une réduction du budget de restauration et une tendance à la baisse du taux de fréquentation des lieux de divertissements. Et ce contrairement à la tendance qui pousse les tananariviens à sortir lors des différentes festivités, car là c’est vraiment différent car ponctuel.

La baisse de la consommation peut aussi entraîner les entrepreneurs ou les entreprises à limiter leur budget au niveau de la rémunération variable, ce qui entraîne une diminution du revenu variable et non pas fixe des salariés. Et de l’autre côté de l’entreprise, la baisse de la consommation des ménages réduit le chiffre d’affaire et risque de porter préjudice au niveau du compte de résultat de celle-ci.

La quantité commandée par les entreprises se trouvant ainsi diminuée, le volume acheté arrive tant bien que mal à supporter les coûts fixes de la société et le prix de revient à l’unité s’en trouve augmenté. D’un point de vue général, on assiste fatalement à une inflation qu’on essaie de camoufler tant bien que mal grâce à une guerre de communication sur l’indice de prix et des chiffres non expliqués du taux d’inflation et de son glissement annuel.

Un exemple concret de l’obligation de la baisse de consommation due à l’insécurité est le règle exigé par les taxi-brousses de la RN7 de ne pas du tout utiliser  son téléphone portable tout au long du trajet sous peine d’être suspecté d’informer les bandits de la route nationale.

Dans la ville en général et dans certains quartiers chauds en particulier, on interdit aux épiceries et aux bars de fermer leur établissement au plus tard à 21h si ceux-ci avaient la possibilité d’ouvrir leur porte assez tard dans la nuit.

Ainsi, grâce à une réorganisation personnelle de son portefeuille, le tananarivien lambda limite les  nouveaux achats de vêtements, de biens d’équipement, d’eau et d’électricité car même en temps normal la facture de la JIRAMA reste toujours pressive pour le portefeuille. On commence à aller au travail à pied, on termine l’essentiel du travail pour pouvoir arriver sain et sauf à la maison, on limite les « tso-drano » (et oui alors hein!) qu’on donne lorsqu’on est invité à un mariage etc. (à la limite on annonce qu’on regrette de ne pas pouvoir y assister et on fait des économies de carburant, de coût de coiffure, on n’achète pas de nouvelles robes et de nouvelles chaussures ou encore de nouveaux sacs, etc. et c’est mieux ainsi, quelle idée aussi…)

En regardant avec un peu de recul, quelques entreprises seront ainsi touchées indirectement ou directement aussi minime qui soit : la JIRAMA (quoique toujours gagnant je trouve malgré la communication sur les différentes pertes successives), les compagnies pétrolières et les sociétés de transports, les coiffeurs, les magasins de vêtements, de sacs et de chaussures (et accessoirement les magasins de parfums, de chapeaux, de cravates, de chaussettes, de dessous…), les salles de fêtes et les différents espaces, …

Tous les jours, on évite les gargotes et les restaurant et on préfère emmener son hotpot ou autre récipient contenant son repas préparé à la maison (économie sur le déplacement car on reste au bureau et dépense moindre car on prépare le repas et non pas qu’on l’achète)

Bref, …Le tableau n’est pas rose. Et contrairement à d’autres pays qui ont voulu faire face à la crise financière mondiale grâce à l’appui et à la relance de la consommation, à Madagascar on semble tout à fait ignorer ce point et on communique que le niveau d’insécurité n’est pas du tout alarmant. Car en plus de la crise financière mondiale, il ne faut pas non plus oublier les conséquences du début de la crise de l’année dernière.