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Madagascar : tristesse et désolation

La journée du lundi 26 janvier 2009 sera sûrement écrite dans l’histoire de Madagascar. On se souviendra de ce jour comme on se souvient maintenant du 13 mai 1972.

Depuis plusieurs jours, j’avais programmé dans mon téléphone un rappel qui me servira de réveil le lundi 26 janvier 2009. Je devais me réveiller vers 5h du matin, chose que je ne fais pas tous les jours. Je devais me réveiller car il y aura deux évènements que je ne devrai pas rater. Il s’agit de la fête de Têt, la fête du printemps en Chine ou le nouvel an chinois. Mais en même temps, j’attendais aussi une éclipse annulaire (partielle) du soleil entre 5h54 à peu près jusqu’à 7h le matin.

(L’année 2009 a été procalmmée par l’Union Internationale de l’Astronomie, l’UNESCO et les Nations Unies comme étant l’année mondiale de l’astronomie)

Finalement, je n’ai rien pu observer car le ciel était nuageux. En arrivant au bureau, j’avais complètement oublié que je devais observer cette éclipse car on parlait de la grève générale que le Maire d’Antananarivo a incité. On spéculait déjà sur les répercussions négatives sur la vie des citoyens malgaches (par comparaison avec ce qui s’est passé après 2002)

Sincèrement, pendant et après la crise et même jusqu’à lundi, les malgaches ont payé le tribut de la grève et du mouvement populaire de la place de 13mai. 

En suivant, les actualités à la radio, nous avons appris que le Maire a demandé à la foule de le suivre jusqu’au siège de la Radio Nationale Malgache et de la Télévision Malgache. Puis il les a ensuite entrainé jusqu’à Andavamamba, pas loin de la station MBS. Là il a déclaré : « je sais que vous avez envie d’aller jusqu’à la MBS, pour qu’on n’accuse pas le Maire de vous avoir incité (à brûler la MBS après la RNM) je vous bénie si vous souhaitez vous y rendre mais laissez-moi rentrer chez moi d’abord, je répète, pour qu’on n’accuse pas le Maire »

On était surpris en entendant que ces deux médias étaient en train de brûlés, incendiés par les gens qui étaient venus à Anosy et le soir on a vu à la télé que les gens ont pris et détruit les matériels de ces deux stations publiques. (les contribuables ont payé le renouvellement des infratructures et les paieront encore après cette nouvelle crise de 2009)

Pour une nouvelle année, tout cela ne présage rien de bon. Donc après Anosy, les gens ont été amenés à Anosipatrana où se trouve (trouvait) la radio et la télévision MBS, appartenant au Chef de l’Etat, ainsi que les deux journaux Le Quotidien et Ny Vaovaontsika (et non pas chez BluePrint comme l’affirme certains journalistes de la presse locale).

Après un léger affrontement, tout a été saccagé, détruit et incendié. Au moins un jeune a connu la mort ce jour-là et il s’agit d’un mineur de 14ans qui était parmi ceux qui ont escaladé le mur de la MBS par le biais d’un poteau de la Jirama. (le portrait géant de cet « enfant » est maintenant exposé sur la place du 13mai pour ceux qui veulent se recueillir et déposer des fleurs ou faire des gestes de sympathie)

L’enfer continue à Tanjombato, Behoririka et Ankorondrano. Les manifestants ont dévalisé puis incendié les sociétés MAGRO, COURTS, BLUEPRINT, SICO, CORA, et l’AUDITORIUM. Ils ont tout pris, du sac de riz en passant par les bouteilles d’huile TIKO jusqu’aux présentoirs. Chacun a essayé de prendre le maximum qu’il a pu, un jeune qui s’est replié près de mon quartier avec son scooter a pris un carton de cahier EXCELLENCE et des sacs en plastique noir remplis de je ne sais quoi, du moins à ce que j’ai pu entrevoir, des petits cartables pour les enfants.

Ils ont après attaqué CITIC et SUPRÊME CENTER, les nouveaux centres où l’on vendait des matériels informatiques, des téléphones portables ainsi que différents matériels de TIC. En faisant les « Andrimasompokolona » ou la ronde de quartier, on m’avait raconté qu’un écran plat COMPAQ était vendu à 15milles Ariary (à peu près 6euros). Le lendemain, en passant par Ambohijatovo, j’entendais des gens discuter « Le téléphone avec appareil photo et caméra était vendu à 3milles Ariary » (soit 1euro20)

Le soir du lundi les magasins qui ont fait la réputation de l’Avenue de l’Indépendance, tels que BAO LAI, SAMCOKWA, KTM et d’autres ont aussi été pris d’assaut par la foule en mal de démocratie. La plupart de ces magasins ont été brûlés après que les gens l’ont dévalisé.

Le jour du lundi aucune force de l’ordre n’était escendu sur les lieux des crimes -car c’en est- que tard dans le soir. On entendait des coups de feu, on nous a dit que c’était les militaires et les gendarmes qui tirent en l’air pour essayer de dissuader les malintentionnés.

Le mardi, les autres magasins comme SHOPRITE à Analakely, Ampasanimalo vers la route de l’Université, à Ampefiloha et à Andravoahangy ont été menacés à leur tour. La force de l’ordre a su s’imposer et j’ai personnelement vu un groupe de jeunes qui ont fui.

Ils étaint forts, de taille moyenne et de teint plus sombre mais pas trop noir. Certains me rappelaient les personnes à qui on faisait appel pour porter nos sacs de riz ou de manioc du marché d’Isotry jusqu’à la maison. D’autres me rappelaient nos anciens apprentis mécaniciens.

Ceux qui étaient présents avec moi n’hésitaeint pas à les qualifier de « jomaka » ou d' »andevo » c’est-à-dire les noirs. Qualification qui ne se fait plus de nos jours. Il est vrai que les Mérinas, la population tananarivienne est soit jaune, marron ou beurre et peu sont noirs-noirs-noirs. C’est pour cette raison que certaines personnes peuvent faire cette classification…

L’économie est bloquée dans la capitale. Les grossistes ne vendent pas et les détaillants craignent qu’on les attauquent ou bien la population a déjà tout pris lorsqu’elle a fait sont approvisionnement depuis samedi après-midi. La classe moyenne et les riches ne pourront plus faire leur course dans les grands magasins autant pour l’habillement, la nourriture et les produits de première nécessité. Les pauvres ne pourront plus rien acheter en petite quantité car il n’y a plus rien à acheter.

La tristesse et la désolation gagne Antananarivo et le risque de crise économique qu’on spéculait avec l’appel à la grève général est plus intensifié que ce qu’on avait réellement estimé.

On vient d’apprendre que le même scénario est en train de se répéter dans les régions. A Ambositra, L’Administration des eaux et fôrets a été incendiée, à Antsirabe, à Majunga ainsi qu’à Tamatave les gens ont dévalisé et incendié les MAGRO, les SHOPRITE et autres magasins appartenant à des indo-pakistanais, des chinois et des Tananariviens.

Que Dieu ait pitié de nous…

J'aime ma patrie et je souhaite le bien des malagasy

19 commentaires

  • Rondro

    Que Dieu ait pitié de nous, oui,
    mais pourrait-on éviter de parler de la classe sociale au moins ? Déja nous sommes bien empêtrés ainsi…
    Car nous sommes tous des êtres humains avec nos diversités. Nous ne sommes pas de la race blanche, nous nous varions entre la peau de couleur claire, « marron » et un peu plus foncé du fait du mélange de notre population.
    Par contre dans l’ère de la monarchie malgache, les couches de la classe sociale merina étaient trois : les Andriana, les Hova et les andevo qui, actuellement, équivaut à peu près au gouvernement, la couche moyenne et les pauvres gens. C’est tout ! A l’époque on ne disait pas que les « andevo » étaient tous de couleur de peau noir-noir-noir à ce qu’il me semblait.
    Et si jamais ces « jomaka-à-la-peau-noir-noir-noir » sont allés faire tous ces cambriolages et vandalismes, c’est puisqu’il y avait une personne à la peau clair et cheveux bien lisses qui les y aurait incité à « lutter » je crois. Biby tsy manan-doha tsy mandeha.

  • Benjamin

    Merci de ton reportage très personnel qui éclaire d’un angle très concret les évenements à Madagascar. Mais je ne reprendrais pas tes « qualificatifs » sur les pillards. Pour moi les vrais « jomaka » sont les 2 principaux protagonistes de ce désastre, Ra8 et TGV qui n’hésitent pas à detruire un pays pour parvenir à leurs fins

  • Zaika

    Ne nous avançons pas trop vite car si la stratégie d’une tierce personne est qu’on accuse ensemble TGV et Ra8, je crois que cela commence à être réussi mais gardons-nous de juger tant qu’on ne prouve pas qui est réellement le ou les commanditaires de ces « rotaka »

  • benjamin

    Les responsables politiques sont jugés sur les conséquences de leurs actions ou inactions et non sur leurs intentions. Le pays est au bord du précipice. Ra8 doit expliquer pourquoi en sommes-nous là. Il est président, garant de l’ordre et de la paix civile. Andry doit rendre compte sur sa manière d’appeler à la rue et de ne prévoir et assumer les débordements.
    Et qui que ce soit le ou les commanditaires, réels ou supposés, TGV et Ra8 ont une responsabilité objective.

    http://povonline.wordpress.com/2009/01/29/chronique-d%E2%80%99une-mascarade-de-conflit-politique/

  • benjamin

    Les responsables politiques sont jugés sur les conséquences de leurs actions ou inactions et non sur leurs intentions. Le pays est au bord du précipice. Ra8 doit expliquer pourquoi en sommes-nous là. Il est président, garant de l’ordre et de la paix civile. Andry doit rendre compte sur sa manière d’appeler à la rue et de ne pas assumer les débordements.
    Et qui que ce soit le ou les commanditaires réels, TGV et Ra8 ont une responsabilité objective

    http://povonline.wordpress.com/2009/01/29/chronique-d%E2%80%99une-mascarade-de-conflit-politique/

  • Rossy

    Encore un job très réussi et une manipulation des esprits,tu ne peut pas t’empecher d’affirmer que ces petits gens qui se tapent les basses besognes sont les mainty et les andevo..je m’etonne que personne n’a rebondi quand le sieur ravalomanana vocifère devant la depouille fumante de la Radio national a lui tout seul que « les bemiranga qui se deplacent en taxi brousse » sont a ml’origine des emeute . pareil que vous (vanf?) qui affirment que les pillards sont les « andevo » ..il faut vous faire soigner car de tels inepties annullent toutes crédibilités au reste. Non monsieur tout les pauvres et basanés de tana ne sont pas des andevo. oui monsieur le madio se pavannent près de TGV dans les meeting tranquilles, oui monsieur seul les Mangana de la vie osent le suivre pour les coups durs et ravalo ne partira pas par la force des prières et des TSARA VA TOMPOKO…Tsara fa ravah tompoko!
    Ny baomanga

  • Rossy

    ary toa fafana ry tonaka eh? tsy mahatanty democratie ? nilaza i pasy fa tsy tokony ho lasan’ny pitika intsony ny fahefana.; ny loza anefa dia ny pitika no miady ny ingahidriana miandry any an-trano….

  • Rondro

    🙁 je trouve pas mon comm du premier texte.
    Fa zao vao hitako hoe hay ve niova le texte aza e ?

  • Tattum

    Rondro> azafady fa on a un antispam très rigoureux, parfois trop sélectif, du coup on débloque manuellement.
    Et merci à l’équipe qui est intervenue.

    A tous, merci de rester objectifs dans vos opinions respectives et de ne pas tomber une fois de plus dans des querelles de castes, d’ethnies, toujours aussi vides de sens.

    L’auteur a précisé:
    « Ceux qui étaient présents avec moi n’hésitaient pas à les qualifier de “jomaka” ou d’”andevo” c’est-à-dire les noirs. Qualification qui ne se fait plus de nos jours. »

  • Rossy

    ne soyons pas naif .. la mise en forme est parfaite mais on a compris ce qu’il suppose. si c’est pas le cas tant mieux . en tout cas je suis aussi triste que celui qui a ecrit l’article mais un peuple qui se soulève merite mieux que le qualificatif de pillards,il y a logtemps ailleurs ça s’appelait des jacqueries et c’est les pauvres qui sont les principaux concernés..

  • Mityu

    Rossy et Rondro> je suis désolé si vous avez mal interpreté la lecture, en tout cas merci à Tattum d’avoir fait remarquer que ce n’est pas mon qualificatif mais plutôt de ceux qui étaient là à juger.

    Mais il est vrai que si Madagascar reste toujours dans ces stéréotypes et dans ces états d’esprit on ne s’en sortira pas et on revivra encore ces moments tragiques dans cinq ans. Touchons du bois.

  • Aiky

    Rossy> je ne sais pas si vous êtes à Madagascar ou pas mais les gens qui étaient venus brûler les magasins courts étaient des gens qui ont été payés pour celq, après la casse et avant l’incendie, il eut ces gens qui ont faim.

    Par contre, parmi les gens qui étaient venus dévaliser les magasins CITIC et SUPREME CENTER (ordinateurs, téléphones portables, vidéoprojecteur, etc…) il y avait des gens comme vous et moi qui avons accès facilement à Internet et qui sont des clients potentiels de ces magasins. Ce sont eux les vrais pillards.

  • Rondro

    Zaika : ka fanina ny mpijery koh ! 😛 Trop d’info, trop d’intox autour du black monday. Autant continuer le petit bout de chemin de l’accalmie.

  • Mityu

    Là c’est le week end qui commence, le programme pour demain : aller voir le concert de Rossy au 13 mai s’il est arrivé (la dernière fois c’était lors du Tapolaka Glady, c’était bien)

    sinon maka maka aina aty an-trano.

  • Rondro

    Izaho aloha tena mirevy spectacle Rossy, fa na tany an-tanàna aza aho mety tsy sahy nandeha nijery aho fa toa mifezaka koh, lol
    Manan-tantara eo amin’ny fiainam-pirenena io place du 13 mai io ka atahorako amin’ny circonstance toa izao.
    J’attendrais un tour italien de Rossy à un de ces quatre !

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