vous vous dites sûrement que je vous propose un canular …Peut-être bien que non… Lisez plutôt. Divers efforts sont entrepris à Madagascar actuellement pour formaliser les entreprises. Et bien que la tenue d’un système minimal de trésorerie soit une obligation depuis l’instauration du PCG2005, il semblerait que cela n’ait pas été suffisant pour faire rentrer le troupeau des informels dans les rangs…. Bref si ce n’est par la force (par décret et lois), comment s’y prendre?

L’initiative du Conseil Supérieur de la Comptabilité d’instaurer les Centres de Gestion Agréés mérite d’être souligné. J’ai eu l’occasion d’assister à une présentation du CGA d’Analamanga (une dynamique présidente, en passant), et, franchement, je pense que ce qu’ils proposent est très intéressant, surtout pour les petites structures qui n’ont ni les moyens de se payer un comptable, ni les compétences pour le faire (pour d’autres raisons valables aussi, je suppose). Personnellement, je pense que ce genre d’initiative ôtera au moins une épine des pieds de celui qui veut se lancer dans l’entrepreneurship à Madagascar (ndlr: ok, j’exagère un peu ici sur le mot-clé entrepreneurship, mais comme annoncé auparavant, ce sujet me passionne et pour le moment, ce n’est pas le moment de se disperser sur les tags de MM).

En fait, le CGA propose tout simplement de faire tenir par un cabinet d’expert comptable la comptabilité de ses adhérents. Pour ceux qui ont une peur bleue de la comptabilité, ou le font de maniére un peu gauche, c’est une aubaine. L’expert-comptable a même été présenté à l’audience durant la session. A première vue, je me disais que cela n’allait pas être à la portée de toutes les bourses, mais finalement, il semblerait que non. En effet, à titre d’exemple, les frais s’élèvent à: une cotisation mensuelle de 37000 MGA (soit 23 USD, 1USD=1602 MGA au cours d’aujourd’hui), et un droit d’adhésion annuel de 30 000 MGA (19USD) …Avouez que c’est très intéressant: nettement moins que le SMIG par mois (donc un salarié), et sans les charges patronales qu’impliquent le recrutement d’un personnel permanent- surtout si l’entreprise est petite. (Ne vous méprenez pas sur mes propos: je ne suis pas en train d’inciter les patrons à ne pas recruter …)

… Et effectivement, au détour de la lecture de la présentation des CGA sur le site du CSC, on y lit qu’entre autres avantages dont bénéficient les membres de l’association figure:

« 

  • Amnistie fiscale pour les années antérieures à celle de l’adhésion,

  • Déductibilité des pénalités pour l’exercice suivant

 » …

Selon le flash compta, No 4 des avantages fiscaux sont même déjà inclus dans la loi de finance 2008. Mais il faut rester membre du CGA pendant trois ans, sinon… remboursez les avantages fiscaux obtenus… Fair enough :-)

A ma connaissance, le Vakinakaratra et l’Analamanga disposent d’un CGA chacun actuellement. L’objectif du projet est de doter un CGA par région.

Ce genre de centre ne serait pérenne que s’il y a assez de membres qui cotisent, étant donné que les CGA fonctionnnent sous régime d’association. Je crains juste (puisqu’il y a un proverbe qui dit « ny hamisavisana ny ratsy hiavian’ny soa ») que ce genre d’initiative ne se développe pas comme on le voudrait pour diverses raisons du type:

– le cabinet comptable ne se fasse pas payer à temps (problèmes de recouvrement?) et se désiste,

– le dimensionnement initial ne se soit pas fait proprement et qu’on arrive à un tel succès du système qu’il va falloir ajouter d’autres ressources à la rescousse, impliquant une hausse des frais à récupérer auprès des membres… Et à Madagascar, hausse rime souvent avec grogne et tension…

Est-ce que vous anticipez d’autres raisons qui pourraient vouer à l’échec ce projet?