Cette année, The Economist Intelligence Unit a sorti un classement de 165 états indépendants et de deux territoires en fonction de leur indice démocratique.
L’étude a été basée sur un concept qui s’appelle « démocratie libérale » qui dans les nuances est différente de la « démocratie électorale » et de la « liberté » au sens large.
Les 5 critères retenus sont:
– excellent processus électoral et pluralisme,
– liberté civile et protection des droits de l’homme,
– bon fonctionnement du gouvernement et de l’Etat,
– la culture politique,
– la participation à la vie politique.
Néanmoins, le critère primordial reste la capacité d’un Etat à organiser des élections libres, justes et compétitives.
Les notes attribuées à chaque Etat vont de 1 à 10. Ceci permet de les classer dans quatre catégories différentes :
– états pleinement démocratiques (de 8 à 10)
– les démocraties défaillantes (de 6 à 7,9)
– les régimes hybrides (de 4 à 5,9)
– les régimes autoritaires (moins de 4)
Globalement, il en ressort que seulement 13% de la population mondiale vit dans un régime pleinement démocratique. Il y a presque autant de population qui vit sous un régime autoritaire que sous un régime démocratique imparfaite. Mais heureusement, plus de la moitié de cette population connaît la démocratie même si bien des choses restent à améliorer.
Je vais vous parler du cas de Madagascar, en particulier.
Madagascar est classé 85ème, à la même place que le Liban. On a une note de 5,82. Ce qui fait de nous un état hybride : entre démocratie et autoritarisme. Néanmoins, on arrive troisième dans cette catégorie derrière l’Albanie et Singapore. Donc, on progresse dans le sens de la démocratie. Sur 167 pays étudiés, on est presque au milieu du peloton. 
Pour nous :
– excellent processus électoral et pluralisme : 5,67
– liberté civile et protection des droits de l’homme : 5,71
– bon fonctionnement du gouvernement et de l’Etat : 5,56
– la culture politique : 6,88
– la participation à la vie politique : 5,29
Sur ces 5 critères, le meilleur d’entre eux est notre culture politique (6,88) comparable, alors, à celle de la Palestine, de l’Afrique du Sud ou encore à celle de la Belgique.
Le critère le moins performant est la liberté civile (5,29) comparable, cette fois, à celle de la Tanzanie ou à celle du Rwanda. Bien sûr, ce ne sont que des moyennes, donc sujettes à imperfections, mais les comparaisons sont, à mon avis, utiles pour évaluer notre avancement.
A propos de ce critère de liberté civile, il est bien connu que la démocratie est la liberté d’élire une majorité gouvernante. Néanmoins, la loi de la majorité n’est pas forcément démocratique. Elle doit s’accompagner de libertés individuelles et de la protection des droits de l’individu.
De façon plus géographique, on est, par exemple, loin derrière l’île Maurice qui est une vraie démocratie (score de 8,04 et rang 25ème). Même si on fait mieux que les Mauriciens en terme de participation : 5,00 contre 5,56 pour Madagascar.
Pour le continent africain, la moyenne générale est de 4,24. La moyenne mondiale est de 5,52. Madagascar est bien au dessus de cette moyenne africaine et légèrement au dessus de la moyenne mondiale. Ce qui est un bon point. D’ailleurs, on arrive seulement derrière l’Afrique du Sud, le Botswana, le Cap Vert, la Namibie, le Lesotho, le Bénin et le Mali. Outre les pays de l’Afrique australe, seules deux anciennes colonies françaises sont devant nous : le Bénin (6,16 et 71ème) et le Mali (5,99 et 80ème).

Que peut-on en conclure?
Cette étude montre, même s’il y des exceptions, que richesse économique et démocratie libérale restent encore liées : cas de l’île Maurice, par exemple.
Si on est pessimiste, on dira que Madagascar doit faire des efforts dans tous les critères. Particulièrement, en termes de participation à la vie politique. Ou encore l’organisation des élections. En effet, pouvoir organiser des bonnes élections dans la transparence et accepter le pluralisme politique augmentera de manière significative notre score (cf. cas du Mali, critère à 8,25). Pour cela, on pourra s’appuyer sur notre culture politique déjà bien ancrée.
Si on est optimiste, on dira que tout n’est pas finalement si mauvais. On est bien classé en Afrique, on est au milieu du peloton au niveau mondial. Avec un certain développement économique en route, on ne pourra que devenir un pays démocratique. Ou tout simplement, on pourra se dire que ce classement n’est pas du tout pertinent par rapport à la situation de notre pays…

Source: The Economist Intelligence Unit’s measure of democracy