Ceci est une histoire vraie, et elle s’est passée il y a longtemps, quand BIANCO n’existait pas encore, quand ce n’était pas encore un certain chef d’entreprise qui était au pouvoir, et quand j’étais encore un étudiant.

J’étais étudiant à la Polytechnique de Vontovorona. Comme presque à chaque année, les leaders des étudiants ont décidé qu’il fallait faire une grève pour révendiquer une meilleure situation. Certains élèves, minoritaires à première vue, ne sont pas enthousiastes. Quelques autres, aussi minoritaires, sont prêtes et ne jurent que par une grève. Et moi, comme bon nombre, veut voir où le courant mène, et choisira ce que la majorité aura choisi.

On a organisé un vote, pour ou contre, et les « pour » ont gagné. (Indécis, j’ai voté blanc, faut-il le dire.) On la fera, la grève alors; reste à trouver la ou les raisons à avancer. Démocratie oblige, chacun peut émettre son désiderata. Trouver les raisons de faire une grève n’est pas chose difficile, tellement la condition de vie et d’études était mauvaise:

  • insécurité: malheur à l’élève qui laisse sa chambre non occupée même en une seule nuit : on la retrouvera cambriolée, vidée, … Je me souviens de la formulation suivante : Angalarin’ny sasany ny fitaratra sy aliominioma amin’ny efitrano fianarana ka mangatsiaka ery izahay rehefa mianatra.
  • éléctricité: On ne connaissait pas de délestage, mais la puissance fournie par le transformateur n’est pas suffisante pour les étudiants. Comme on ne paye aucun sou, certains élèves vont jusqu’à laisser leurs résistances allumées pour assurer le chauffage de la chambre. Imaginez 2 ou 3 mille watts par chambre, …
  • infrastructure: Nos habitations, des préfabriqués, ont vécu 5 années de plus que la période normale. Nos plafonds sont faits en amiante, un produit hautement cancérigène et normalement interdit.

On a avancé plusieures autres raisons, mais, curieusement, les bourses d’études, sûrement considérées comme acquises, n’étaient pas mises en exergue.

Le lendemain, les plus vaillants parmi les gars s’en sont allés « braquer » les autobus desservant la zone, les obligeant à nous transporter en ville. Pauvres KOFIAMO … On est allé en ville faire une démonstration de force, mais on n’a pas pu voir de hauts responsables. On a attiré l’attention de la presse en tout cas.

L’étude s’est arrêtée, et elle ne recommencerait que lorsque toutes nos revendications seraient satisfaites. La FMPM, c’est-à-dire nos élus, ont multiplié les négociations avec les responsables.

Et finalement, après quelques semaines de grève, on a lu dans les quotidiens de la place:

Les étudiants de la Polytechnique mettent fin à leur grève! Il leur sera payé leurs allocations de bourse.

Aucun mot sur nos autres révendications, je me sentais honteux d’avoir pris part à cette grève, d’avoir été un étudiant de la Polytechnique. Faire la grève pour une bourse d’un mois, ce n’était pas ce qui était convenu, et c’est pas sérieux.

L’étude a repris normalement, aucune explication de la part de la FMPM, mais, comme ils avaient des voitures toutes neuves, on chuchote qu’ils auraient manipulé cette histoire de grève pour leur propre intérêt. Pour moi en tout cas, je sais que je ne participerai plus jamais à aucune forme de grève. Enfin, prèsque, car, quelques années plus tard, on m’a encore retrouvé assister à certains meetings Place du 13 mai, pour défendre le choix du peuple, alors que moi-même je n’ai pas voté le 16 décembre de l’année précédente.