Chroniques de Madagascar chroniquées
7 février 2007

Ma mère a eu la bonne idée de m’envoyer Chroniques de Madagascar, un recueil de douze nouvelles en français (hé oui), édité en 2005. Dominique Ranaivoson, chercheuse en littérature comparée a sélectionné ces textes courts rédigés par des écrivains contemporains malgaches.
Les recueils de nouvelles, c’est le genre de littérature qui sied à notre époque. (en tout cas, qui me sied à moi
). Quelques lignes suffisent à vous plonger au coeur d’une intrigue ou alors à vous en décrocher complètement.Dans ces cas-là, je me dis que la nouvelle suivante va sûrement rattraper l’autre. Vive la génération zapping
Je ne vais pas esquisser une critique littéraire de cet ouvrage (pas l’envie, ni le temps, ni les compétences pour). Je vais juste expliquer pourquoi je l’ai aimé. Tout d’abord en présentant le recueil dans ses grandes lignes mais surtout en m’attardant sur mes deux chroniques préférées: Pierrot de David Jaomanoro et Fresh off the boat (FOB) de Mialy Andriamananjara.
Les auteurs viennent d’horizons différents. Certains vivent à Madagascar, d’autres en Europe ou dans l’Océan Indien. En plus de leur casquette d’écrivain, ils exercent d’autres métiers comme ambassadeur, prof d’espagnol ou économiste. Malgré cette diversité d’arrière-plans surgissent régulièrement des thèmes similaires au fil des textes.
Par exemple : les morts (ou presque) viennent hanter les vivants dans Zombie de Railovy et Sadikamena de Hery Mahavanona. La folie se retrouve dans plusieurs écrits: Nouvelles d’en bas de Jean-Claude Fota ou Rumeurs de feu de Johary Ravaloson.
D’autres chroniques sont beaucoup plus contemplatives et poétiques. Il s’agit tantôt d’une ode à l’endroit qui les a vu grandir le village d’Ambohimifangitra de Esther Nirina tantôt d’un constat d’impuissance face à un élément naturel le Kéré de Lila Ratsifandriamanana.
Ou alors, le dernier « type » de récit que j’ai identifié, c’est la chronique sociale derrière une fiction. Chez Bao Ralambo, c’est tout le système de voirie informel qui est disséqué avec une acuité frappante dans Blastomycose. On y voit comment un grain de sable peut dérègler le mécanisme que les malgaches, rois de la débrouillardise, avaient mis en place.
Pour Serge-Henri Rodin, ce sont les descendants de la colline d’Ambodiafontsy, qui se réunissent pour partager l’héritage. Ils ne se connaissent pas tous, savent vaguement qu’ils ont des ancêtres en commun. (c’est comme Lova et moi, on a le même arrière-arrière-grand-père…) Mais bon, faut bien revenir mourir sur la terre des ancêtres, alors même si on a dix millions d’autres préoccupations prioritaires, faudra bien songer à construire son caveau et sa villa dans la campagne familiale. (ou dans l’ordre inverse d’ailleurs).
Mais, moi ce que j’ai préféré, ce n’est pas le fait divers tragique d’Omeo Zanako de Charlotte Rafenomanjato. Non, non, ce sont les deux seules histoires qui se passent à l’extérieur de Madagascar. (ça doit être mon côté malgache apatride
)
« Certains choix, dictés par l’estomac, ne se discutent pas. », cette phrase prononcée par Anjara, l’héroïne de FOB, Pierrot aurait très bien pu la dire d’une autre manière.
[mode MARIMAR] En effet, Anjara a abandonné Fidy l’élu de son coeur à Madagascar. Elle lui a préféré les sirènes du Nouveau Monde. Ou plutôt les sirènes d’Alan Parker, son promis à New-York. Elle débarque à la Grande Pomme, le début du rêve américain. Avec pour tout bagage une petite valise noire, des saucisses et 100 dollars. Anjara trouvera-t-elle Alan ? Une nouvelle vie pleine d’espoir commencera-t-elle pour elle ? Vous le saurez en lisant la suite dans FOB .[/mode MARIMAR]
Pierrot, lui, est pêcheur à Mayotte. A la douceur de son épouse légitime Salima, il préfère réserver ses charmes et ses faveurs à Mwafaka, plus âgée que lui, deux fois divorcée et mère de quatre enfants. Pourtant Pierrot aime Salima et leurs trois enfants… Mais il fera un enfant à Mwafaka.
Pierrot n’est pas fou, non.
Mais entre Salima son épouse Anjouanaise et Mwafaka sa maîtresse Mahoraise, le calcul est vite fait.
Pour Pierrot l’Anjouanais, aimer une Mahoraise et lui faire un enfant, c’est la garantie d’avoir une carte de séjour et qui sait après …
Mais l’heure n’est pas à ces projets, il faut continuer à pêcher du poisson dans cette mangrove, « mer » nourricière qui recèle bien des mystères…
[mode MARIMAR] Pierrot choisira-t-il Salima ou Mwafaka ? Restera-t-il englué dans de ce statut social précaire (just a gigolo), enchaîné à sa mangrove gagne-pain ? Vous le saurez en lisant la suite dans Pierrot [/mode MARIMAR]
Chroniques de Madagascar, sélectionnées et présentées par Dominique RANAIVOSON, éditées par SEPIA
Sur Amazon
PS: désolée je me suis lâchée sur le mode MARIMAR, mais ça n’a strictement rien à voir avec des histoires à l’eau de rose…
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vola says:
7 fév 2007 2:13
Bon, si j’avais écrit un article dans un journal avec une supposée objectivité, j’aurais été obligée de préciser que je connais personnellement Dominique Ranaivoson, Bao Ralambo et que David Jaomanoro a déjà déjeuné chez mes parents.
Mais là, comme on est sur un blog où règne la subjectivité, si je veux parler de choses que j’aime, même si je connais les auteurs, je fais ce que je veux avec mes cheveux
Bon je vais me coucher surtout là…
lova says:
7 fév 2007 4:22
Vola, qui nous fait Marimar « live » dans un cafe du commerce, ca doit valoir le detour !
?
Les saucisses malgaches d’Anjara a NY….c’est cachere
Et Pierrot, Oh Pierrot….. Ne sait-il pas que Salima va finir par tout savoir ?
Tattum says:
7 fév 2007 8:57
Reste plus qu’à proposer la balise Marimar à w3c.org !
mais pour me décider à le lire! C’est irrésistible, après t’avoir lue.
Je me rappelle que ce livre me disait quelque chose, non pas pour faire genre
tomavana says:
7 fév 2007 9:26
Merci pour cette trouvaille
ton beau post m’a mis l’eau à la bouche
vola says:
7 fév 2007 9:26
Mince p-e que les auteurs vont être vexés d’avoir été cités aux côtés de Marimar… C’est pour ça que mon « PS » est très important: ça a rien à voir
C’est juste que chuis plus du côté marketing/communication, donc on fait ce qu’on peut pour appâter le chaland
(en fait, j’ai présupposé que vous saviez tout de l’histoire Mayotte-Comores, ce qui n’est p-e pas évident… Mayotte est un territoire d’outre mer français situé dans l’archipel des Comores, état indépendant. Les Anjouanais sont comoriens et une grande partie d’entre eux rêvent de gagner Mayotte afin de devenir français et espérent ainsi un avenir meilleur)
Vola says:
7 fév 2007 11:02
@lova: hello cousin, tu aurais tort de sous estimer la puissance de ces chroniques. En fait, Pierrot est tiraillé entre ses soucis actuels et l’aspiration à une vie meilleure. Mais bien malin, qui pourra dire ce qui lui réserve la mangrove… Franchement, allez tous la lire cette nouvelle et dites m’en des nouvelles hihihihi
@tattum: ouiiii, j’avais vu que plusieurs éminents bloggueurs (hjk, sipaKV et toi-même) avaient signalé la sortie du livre. Ca doit faire environ un an. (chuis trop démodée
) Bon, c’est bien d’en parler, mais c’est encore mieux de le lire :-p
Allez, je taquine !
Si vous êtes en région parisienne, je peux vous prêter mon exemplaire, mais faut penser à me le rendre après
@tomavana: de rien ! Les bonnes choses sont faites pour être partagées !
N’hésitez pas après lecture à me dire quelle est votre chronique préférée et pourquoi …
hjm says:
7 fév 2007 12:34
interessant comme bouquin. malheureuseent, on n apprécie les bonnes choses du pays que quand on est loin, du moins pour ma part. je n ai développé mon sentiment d appartenance à ce beau pays qui est Mada qu étant arrivée en Europe et je trouve que c est regrettable. c est l acculturation peut être
vola says:
7 fév 2007 14:16
@hjm: pas de regrets à avoir, c’est humain ! Quand on a la chose à côté de soi, disponible, on ne pense pas à la voir. C’est comme lorsqu’on se recule pour mieux voir une peinture au musée.
J’habite à Paris depuis 4 ans, j’ai dû aller 1 seule fois sur la Tour Eiffel, c’est pas abuser ça ?
morgane says:
7 fév 2007 16:12
Houhou!!! même moi je connais ce livre! Incroyable mais vrai! Je le possède mais ne l’ai pas encore lu! Merci pour la critique subjective Vola
JoGanY says:
7 fév 2007 18:20
Vola> Je n’arrive même pas a me sentir vexée par toutes ces références a Marimar ( je sais très bien que tu es Bruce Lee….quelque chose me dit que personne d’autre a part Vola va comprendre ce que j’écris…hmmmm héhéhéh) Merci pour cette chronique de Chroniques qui tuent tout court, des noms sont familiers et même les histoires sont graaaaaaaaaaaaavement familières…(no comment)
Je ne sais pas vous mais moi ça m’a flashée DIRECT LIVE sur mes aprèm a faire la sieste chez ma grand mère a écouter les tantara…Vous savez….mais si vous savez….Celles qui passaient après les gags sur RNM que même si on était paumé a Mahanoro ou du côté de Sakara on pouvait partager cet imaginaire malgacho-malgache…..
Schifffff
Tattum says:
7 fév 2007 19:03
Pour info:
; Ariane Andriamaharo, enseignante à l’ENS ; Alphonse Raharijaona, enseignant à l’ENS ; Laurence Ink, écrivain.
Table ronde
LES HAIN-TENYS MALGACHES, « DE »JEAN PAULHAN, PASSERELLE ENTRE DEUX MONDES
JEUDI 15 FEVRIER / 18.00 / SALLE DE CONFERENCES (CCAC)
Lorsque Jean Paulhan s’intéresse aux hain-teny, ils sont sur le point de sombrer dans l’oubli. Il en entreprend une première traduction en français en 1913, puis une seconde en 1939, qui inspireront plus tard non seulement des écrivains européens mais aussi des poètes malgaches comme Flavien Ranaivo ou J.-J. Rabearivelo. L’aventure inédite de cette forme littéraire particulière à Madagascar sera au centre du débat rassemblant plusieurs spécialistes de littérature malgache, d’expression malgache ou d’expression française.
Intervenants : Bao Ralambo, écrivain et enseignante à l’ENS
jentilisa says:
8 fév 2007 6:31
Oui, j’ai bien lu le Hainteny et c’etait un livre que j’ai prêté chez CCAC.
vola says:
8 fév 2007 21:56
@morgane: je crois que plus malgache que toi, ça se fait pas
Tu me diras ta chronique préférée!
@Jo: mais non, j’aime bien Marimar, la preuve, je la cite
Pour les tantara à la radio nationale, elles étaient en malgache ou en francais ?
@tattum & jentilisa: est-ce que quelqu’un peut m’expliquer ce que sont exactement les hain-tenys ? (j’habite un peu loin du CCAC on va dire
)
Et les plus connus sont de qui ?
Merciiii (un post! un post! un post !=
Malagasy aty California says:
10 fév 2007 4:26
Hello Vola,
Je viens tout juste de passer commande…Et la date d’envoi estimee pour cet article: 12 mars 2007 – 26 mars 2007!!! Apparemment, il y a rupture de stock!
Great post by the way.
vola says:
11 fév 2007 1:22
@MaC: thanks a lot
Bonne lecture !
)
(it is worth waiting for this book
Malagasy aty California says:
23 fév 2007 3:10
Hi Vola! Guess what?
I received my book today!!!!I am so excited! Je commenterai apres lecture.
Vola says:
23 fév 2007 13:56
Hey MaC, bonne lecture !
J’ai essayé de ne pas trop déflorer les histoires. Hope you’ll like them.
Cheers
Malagasy aty California says:
24 fév 2007 3:33
Hi Vola!
Ok, c’est un regal!!!!!! I enjoyed it. It was really worth it.
By the way, my favorite story is « Omeo zanako ». Charlotte R. is a great writer, and her novel, based on a true story is incredibly sad and unfair!!
Et puis, ne t’inquiete pas, tu n’as rien devoiler, juste donner envie de lire: thank you!