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Ma mère a eu la bonne idée de m’envoyer Chroniques de Madagascar, un recueil de douze nouvelles en français (hé oui), édité en 2005. Dominique Ranaivoson, chercheuse en littérature comparée a sélectionné ces textes courts rédigés par des écrivains contemporains malgaches.

Les recueils de nouvelles, c’est le genre de littérature qui sied à notre époque. (en tout cas, qui me sied à moi :)). Quelques lignes suffisent à vous plonger au coeur d’une intrigue ou alors à vous en décrocher complètement.Dans ces cas-là, je me dis que la nouvelle suivante va sûrement rattraper l’autre. Vive la génération zapping 😉

Je ne vais pas esquisser une critique littéraire de cet ouvrage (pas l’envie, ni le temps, ni les compétences pour). Je vais juste expliquer pourquoi je l’ai aimé. Tout d’abord en présentant le recueil dans ses grandes lignes mais surtout en m’attardant sur mes deux chroniques préférées: Pierrot de David Jaomanoro et Fresh off the boat (FOB) de Mialy Andriamananjara.

Les auteurs viennent d’horizons différents. Certains vivent à Madagascar, d’autres en Europe ou dans l’Océan Indien. En plus de leur casquette d’écrivain, ils exercent d’autres métiers comme ambassadeur, prof d’espagnol ou économiste. Malgré cette diversité d’arrière-plans surgissent régulièrement des thèmes similaires au fil des textes.
Par exemple : les morts (ou presque) viennent hanter les vivants dans Zombie de Railovy et Sadikamena de Hery Mahavanona. La folie se retrouve dans plusieurs écrits: Nouvelles d’en bas de Jean-Claude Fota ou Rumeurs de feu de Johary Ravaloson.

D’autres chroniques sont beaucoup plus contemplatives et poétiques. Il s’agit tantôt d’une ode à l’endroit qui les a vu grandir le village d’Ambohimifangitra de Esther Nirina tantôt d’un constat d’impuissance face à un élément naturel le Kéré de Lila Ratsifandriamanana.

Ou alors, le dernier « type » de récit que j’ai identifié, c’est la chronique sociale derrière une fiction. Chez Bao Ralambo, c’est tout le système de voirie informel qui est disséqué avec une acuité frappante dans Blastomycose. On y voit comment un grain de sable peut dérègler le mécanisme que les malgaches, rois de la débrouillardise, avaient mis en place.
Pour Serge-Henri Rodin, ce sont les descendants de la colline d’Ambodiafontsy, qui se réunissent pour partager l’héritage. Ils ne se connaissent pas tous, savent vaguement qu’ils ont des ancêtres en commun. (c’est comme Lova et moi, on a le même arrière-arrière-grand-père…) Mais bon, faut bien revenir mourir sur la terre des ancêtres, alors même si on a dix millions d’autres préoccupations prioritaires, faudra bien songer à construire son caveau et sa villa dans la campagne familiale. (ou dans l’ordre inverse d’ailleurs).

Mais, moi ce que j’ai préféré, ce n’est pas le fait divers tragique d’Omeo Zanako de Charlotte Rafenomanjato. Non, non, ce sont les deux seules histoires qui se passent à l’extérieur de Madagascar. (ça doit être mon côté malgache apatride ;-))

« Certains choix, dictés par l’estomac, ne se discutent pas. », cette phrase prononcée par Anjara, l’héroïne de FOB, Pierrot aurait très bien pu la dire d’une autre manière.

[mode MARIMAR] En effet, Anjara a abandonné Fidy l’élu de son coeur à Madagascar. Elle lui a préféré les sirènes du Nouveau Monde. Ou plutôt les sirènes d’Alan Parker, son promis à New-York. Elle débarque à la Grande Pomme, le début du rêve américain. Avec pour tout bagage une petite valise noire, des saucisses et 100 dollars. Anjara trouvera-t-elle Alan ? Une nouvelle vie pleine d’espoir commencera-t-elle pour elle ? Vous le saurez en lisant la suite dans FOB .[/mode MARIMAR]

Pierrot, lui, est pêcheur à Mayotte. A la douceur de son épouse légitime Salima, il préfère réserver ses charmes et ses faveurs à Mwafaka, plus âgée que lui, deux fois divorcée et mère de quatre enfants. Pourtant Pierrot aime Salima et leurs trois enfants… Mais il fera un enfant à Mwafaka.
Pierrot n’est pas fou, non.
Mais entre Salima son épouse Anjouanaise et Mwafaka sa maîtresse Mahoraise, le calcul est vite fait.
Pour Pierrot l’Anjouanais, aimer une Mahoraise et lui faire un enfant, c’est la garantie d’avoir une carte de séjour et qui sait après …
Mais l’heure n’est pas à ces projets, il faut continuer à pêcher du poisson dans cette mangrove, « mer » nourricière qui recèle bien des mystères…

[mode MARIMAR] Pierrot choisira-t-il Salima ou Mwafaka ? Restera-t-il englué dans de ce statut social précaire (just a gigolo), enchaîné à sa mangrove gagne-pain ? Vous le saurez en lisant la suite dans Pierrot [/mode MARIMAR]

Chroniques de Madagascar, sélectionnées et présentées par Dominique RANAIVOSON, éditées par SEPIA
Sur Amazon

PS: désolée je me suis lâchée sur le mode MARIMAR, mais ça n’a strictement rien à voir avec des histoires à l’eau de rose…