Pendant longtemps mon hobby était de faire les magasins. Pour commencer, définissons les mots. Quand il m’arrive de faire les magasins, c’est généralement parce que j’ai la nostalgie de mon pays, Madagascar. Alors, je me promène de boutique en boutique et je regarde scrupuleusement les étiquettes à la recherche du « Made in Madagascar ». Et des boutiques, j’en ai fait pas mal.
Tout a débuté à Cincinnati. Comme j’étais chargée d’acheter des produits pour la compagnie qui m’employait, j’avais mis un point d’honneur à trouver quelque chose « Made in Madagascar ». En vain, jamais je n’ai vu une seule étiquette avec ce libellé. Pourtant, je passais des heures et des heures dans les rayons que je commençais à trouver trop étoffer en produits. Car il me fallait examiner l’étiquette de chaque produit. Très vite j’ai compris que la majorité des produits vendus aux Etats-Unis étaient « made in China », que le textile venait surtout d’Amérique du Sud, les pays voisins et que l’Europe fournissait beaucoup en produit alimentaire. Et la grande révélation c’était que même les produits américains étaient difficiles à trouver sur le sol américain. Alors, j’avais tout simplement laissé tombé cette idée de trouver à tout prix un produit « Made in Madagascar ».

Et puis il y a eu mon déménagement pour Los Angeles. Dans cette mégapole, Madagascar est déjà un peu plus connu car la California fait partie des Etats où l’immigration est élevée, donc il y a un bon melting-pot. Mais il m’arrivait souvent de confirmer que Madagascar n’est pas proche du « Middle-East », que Madagascar n’est pas une ville, que Madagascar n’est pas en Europe, et surtout qu’à Madagascar on ne parle pas Espagnol.
Mais tout cela fait partie de la culture américaine, je m’explique. La majorité des américains n’ont pas de cours de géographie tout au long de leur scolarité. Leur système éducatif est conçu de telle sorte qu’à la fin des années Lycée (High School) un élève sait vaguement tous les noms des Etats qui composent les Etats-Unis et parfois ils arrivent à les situer. En ce qui concerne le reste du monde, CNN et consort se chargent de les instruire. C’est très stéréotypé mais en général ce n’est pas si loin de ce que l’on voit, entend au quotidien. Alors basé sur cela, n’espérez pas avoir une réponse correct quand vous demandez à Joe Smith (citoyen lambda) de vous situer Madagascar. Ceci étant dit, pour en revenir au « Made in Madagascar », j’ai finalement trouver ce que je cherchais et cela après avoir pratiquement abandonner.

Les produits « Made in Madagascar » existent bel et bien et ils sont surtout dans le domaine du textile et agro-alimentaire. Depuis, j’achète mes vêtements chez « Old Navy » ou encore dans les « malls » vendant la marque « Columbia ». Pour l’alimentaire, je choisis ma glace au parfum « vanile de Madagascar », mon chocolat aussi a un ingredient « made in Madagascar »…Et je n’hésite pas à le dire haut et fort pour encourager mes collègues au travail. Car on ne sait jamais, peut-être qu’ils achèteront eux aussi du « Made in Madagascar » ! Et pour moi, c’est ma manière d’être un peu plus proche de ceux qui passent des heures et des heures derrière leurs machines dans les zones franches de Tanjombato, d’Ivato ou d’ailleurs.
Ici, acheter « Made in Madagascar » n’est ni un geste politique, ni un acte économique, mais plutôt une pulsion nostalgique. Est-ce que vous achetez « made in Madagascar» ?