Ballet de limousines devant l’entrée principale du KongressHaus Davos |
© www.swiss-image.ch

Au dire des observateurs, le World Economic Forum [WEF] qui vient de fermer ses portes ce dimanche 27 janvier 2007 à Davos est de loin l’édition la plus « verte » de son histoire. En effet, le changement climatique était dans toutes les bouches, au coeur de tous les débats, l’objet des préoccupations ultimes.

Pour la première fois cette année, le WEF a introduit le « Davos climate alliance », un projet de compensation du carbone occasionné par le déplacement de ses participants. Constitué d’un site internet muni d’un calculateur où chacun est incité au calcul et paiement de la taxe correspondante, qui sera ensuite reversée à un projet de centrale hydraulique en Indonésie. En échange, le participant se voit gratifié d’un pin’s censé certifier la participation au « Davos Climate Alliance ». Questionné par une journaliste si le peu de personnes arborant ce pin’s doit être interprété comme signe de désintérêt, le directeur Général et COO [Chief Operating Officer] du WEF se défend en invitant chacun à visiter le site dédié « pour se rendre compte que ce pin’s rencontre un franc succès ! Mais les hommes d’affaire n’aiment pas les pin’s qui abiment leur complet » [à ce jour, 29 janvier 2007, la collecte de Davos Climate Alliance était à un équivalent de 4’300 tonnes de CO2].

Depuis son exposition « La terre vue du ciel » durant le WEF-2001 à Davos, le photographe Yann Arthus-Bertrand [YAB], fondateur du goodplanet.org est un habitué de la station grisonne [Davos est dans le canton suisse du Grison]. Il dénonce l’incohérence des discours à consonnance écolo et le ballet incessant des grosses limousines qui prennent le relais des hélicoptères et des jets privés.

En effet, le World Economic Forum a attiré la rotation de plus de 350 jets et un ballet incessant de plus d’une centaine de limousines pour environs 2’400 participants.

Une autre participante, la consultante en commerce équitable et développement durable, Madame Paola Ghilliani, de Ghillani & friends, regrette elle aussi l’incohérence entre les grandes théories climatiques que les orateurs exposent au World Economic Forum alors qu’en même temps, leurs chauffeurs attendent dehors dans de grandes limousines aux moteurs constamment allumés [chauffage oblige]. Elle va plus loin et s’inquiète du boom de la filière du business du CO2. La multiplication des offres de certificat de compensation d’émission de CO2, alors que les impacts négatifs eux restent dans la nature. Sans parler du manque de traçabilité du devenir de cet argent du CO2 vers de véritables projets écologiques et à energies renouvelables.


Interview de Paola Ghilliani durant le WEF au micro d’Esther Coquoz journaliste à la radio RSR [ 3′44′’]

Au travers de son programme actioncarbone.org, à l’instar des autres participants de Davos, YAB lui aussi compense le carbone émit à l’occasion des tournages de ses émissions « vue du ciel ». Pour offrir de belle photos, il lui arrive même d’effectuer des vols stationnaires de 45 min en hélicoptère [YAB à Petra en Jordanie, dixit Frank Mulliez].

Selon vous, qui est le plus écolo des trois ? Il n’y a pas si longtemps encore, Madame Paola Ghilliani proposait des « fraises en hiver », en tant que directrice générale de la fondation Max Havelaar [label du commerce équitable]. Certe ce label garanti une meilleure rémunération aux producteurs des pays du Sud mais le transport de ces produits n’est de loin pas neutre en CO2.

Est-ce seulement la bonne question ? Pour ma part, je ressens des frémissements dans l’air. Je me réjouis de ces petits riens annonciateurs de changements. Après Davos, c’est dès aujourd’hui à Paris que se réunissent quelques 500 scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [GIEC]. D’ailleurs la blogasfera n’est pas en reste, les discussions de JoGanY et Aiky sont rapportées par globalvoices, Harinjaka reproduit une mappemonde des régions les plus exposées au réchauffement, Lillia propose ses tips pour la sauvegarde de notre planète, Tattum nous confie que sa fibre écolo est née en plongée, … et moi, et moi, et moi … ?

Comme tant d’autres je prends biens soin d’entretenir mes paradoxes. Bien que je préfère de loin le vélo, je suis capable d’avaler en une nuit 250 km en voiture [aller-retour] pour un concert d’Eric Manana. J’achète de préférence les légumes de saison et de la région, mais n’a aucun scrupule à consommer la limonade qui a voyagé plus de 10’000 km durant les soirées Malagasy etc …
Là où d’autres y voient de l’incohérences, moi je parle de paradoxes écologiques. Et tant mieux si certains d’entres nous sont beaucoup plus « écologiquement conscienceux ». Mais de grâce, évitons de moraliser le débat. Car je préfère l’encouragement aux remontrances, le dialogue et la persuasion aux critiques. Peut mieux faire ? Assurément, mais « ny erikerika no maha-tondra-drano » [chacune des micro-gouttes de pluie participent à l’inondation] alors pour toutes ces gouttes, je dis bravo et merci … en attendant l’éventuel tsunami écologique !
Et non je n’ai pas oublié qu’il y avait urgence 😉

[liste de blogs sur le WEF en direct de Davos – Forumblog.org >>]

[]

[le WEF en image – swiss-image.ch >>]