Pour beaucoup de ceux qui ont vu le fameux film Le Cercle des Poètes Disparus, une scène restera marquante : celle où Robin Williams grimpe sur une table pour montrer qu en fonction de l’angle qu on adopte, ce qu on voit est différent.

On peut monter sur une table mais on peut aussi quitter son pays et voir sous un jour différent ce que l on prenait pour vérité universelle avant.

Ces observations et ces petites comparaisons de son pays de départ a l aune de son pays d accueil permettent parfois d’esquisser quelques parallèles plus ou moins pertinents.

Le plus évident, à mes yeux, nécessite un minimum d’ingrédients : une route, un village(moyen, ni trop grand ni trop petit), un point, un trait. Le moyen de transport a peu d’importance.

Alors on y va, on s’embarque sur cette route vers ce village, en France s’enchaine (se déchaine) la litanie des pubs en 4 par 3 : grands magasins, fast food… Des centaines de mètres, parfois des kilomètres d’affiches centrées sur un thème, un seul : la consommation, le shopping, l achat, bref la raison de vivre de homo occidentalis modernus.

On prend son petit morceau de route et sa petite ville et après 11 heures de vol, on fait la même expérience mystique à Mada. Là encore des panneaux et des affiches, mais moins et plus petits. Et ce qui y est écrit est sensiblement différent : « ONG X soutient le groupement des femmes de Y », « Projet de Développement de la région W »… Si l heure est à la consommation irréfléchie au Nord, au Sud le temps est plutôt à la perfusion. Mais la question que je me suis posé c’est quel impact sur la psychologie collective ? Cette impression que ce qui bouge quelque part à Mada, ce qui fait vivre ce sont les projets, les ONG, bref les fonds d’ailleurs…

On envie la commune voisine qui n’a pas 2 mais 3 pancartes, on se dispute ces pancartes comme des trophées, la pancarte on la veut. Les multiplier c est une victoire, ne pas en avoir une infamie.

Mais quel intérêt pour les ONG ou projets à cette sorte de confiscation de l’espace commun pour la promotion de leurs activités ? Cette manière de montrer que ce qui bouge, là au fond à droite, c est l association que je soutiens et si elle bouge c est PARCE QUE je la soutiens.

La démarche ne devrait elle pas être inversée : se faire timide, se faire discret parce que l’intéret dans l’opération c’est que les choses avancent par la seule force endogène du village concerné. Parce que ONG ou projet, on est là pour renforcer les communautés, restaurer leur fierté et leur « self esteem » bref on est là pour devenir inutile le plus vite possible. On est pas là pour se montrer mais mettre sur le devant de la scène ceux qui n’y ont pas accès.

Mais non, toute initiative doit être estampillée et identifiée, renforçant en cela l’idée que ceux qui réussissent le doivent toujours à quelqu’un.

Et puisque la main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit, cette dernière sera toujours redevable. Drôle d’émancipation…

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