Voici un article paru aujourd’hui dans l’express de Madagascar. VANF sur Malagasy Miray.

« Puisque tu pars

Par NASOLO-VALIAVO Andriamihaja

Le syndrome de la diaspora se retrouve pas plus loin qu’à 120 km de Tana. Des « immigrés » Merina s’y inventent une convivialité qui serait parfaite indifférence des uns envers les autres sur l’esplanade du Palais des Sports à Mahamasina.
En octobre 2006, j’avais commis une chronique (en thème et sa version) sur la diaspora malgache de France. Passablement piquée au vif ou franchement amusée, celle-ci (au moins une partie, parce qu’elle n’est pas non plus monolithique « la diaspora ») réagit en se donnant rendez-vous sur un « kianja » (malagasy.wordpress.com malagasymiray.net et les liens connexes vers d’autres espaces plus personnels).
Il faut dire que j’avais abordé le phénomène « blog » par un côté assez austère : celui de l’ancien premier ministre français, aujourd’hui maire de Bordeaux, Alain Juppé. La légèreté se doit d’être sérieuse sinon on verse dans la bêtise. Aujourd’hui, un ami, qui plus est de ma génération, lance une invitation à la cantonade à rejoindre son espace de discussion online : je me demande si je m’y ferai jamais. Pourtant, on y lit finalement quelque chose qui n’est pas nécessairement primaire, nunuche ou scandaleux. « Malagasy Miray » vaudra d’ailleurs toujours infiniment mieux que les conneries que débitent à longueur d’année les politiciens locaux dont personne, malheureusement, ne voudrait à l’exportation.
La diaspora donc, disais-je, celle-là au moins, m’a l’air plutôt sympa. Bien sûr, la diaspora n’est jamais aussi exécrable que quand elle prétend faire la leçon avec le confort de 10.000 km de recul. Mais, un « hédoniste, adepte d’Epicure et partisan du Carpe Diem » ne peut être tout à fait mauvais, concédons-le. Quelqu’un capable de s’arrêter à pareille citation – « faire et en faisant se faire et n’être que ce que l’on s’est fait » – non plus. Certains témoignages inspirent le respect comme celui-là, au détour d’une discussion sur la fatalité de rester ou le choix de partir : « Je ne pardonnerai jamais à ce pays de ne pas avoir su retenir mes enfants ».
Une tragédie qui remonte à 1988. L’époque des dernières années d’un Service national même pas optimisé en rigueur et discipline ou spécialisation, mais occupé à jouer à la belote. Des ultimes soubresauts également du socialo-communisme aux multiples ravages dont Madagascar ne s’est toujours pas relevé dix-sept ans après la chute du Mur de Berlin. Une époque où la parité du Franc Malgache avec le Franc Français ne mettait pas encore Ivato à des années-lumière de Roissy.
La Chronique en question, sur les « Gasy d’Andafy », était documentée à mon vécu propre et celui des proches que j’ai observés en entomologistes de nos petites manies. Moi aussi, il m’était arrivé de faire venir du Rhum Vieux (ou moins vieux) de chez Dzama, que je sirotais en solitaire (parce que la diaspora Gasy n’est pas agglutinée) dans la pénombre d’une nuit d’hiver et d’entendre monter sur quelque radio FM parisienne les accents pathétiques de « Mitanilanila ilay masoandro ». Le cocktail Erick Manana – « Rhum 52% du volume » a vite fait de rompre la digue des larmes de la nostalgie du pays.
« J’aime ce pays », devais-je dire un jour à une de mes cousines, née là-bas, qui y a toujours vécu et qui ne s’indigne même plus que je lui dise qu’elle n’a rien de Malgache à confondre les machos de chez nous avec les fils de Don Corleone. J’aime ce pays parce que c’est le mien. C’est mon droit de me faire à la décrépitude des infrastructures, de me résigner à la ruine du service public, de composer avec le pourrissement de la mentalité. A une autre époque, je m’engueulais avec la diaspora. Depuis, je ne crois plus que ce soit un devoir pour tout le monde d’avoir à supporter l’insupportable par nationalisme militant. »