Archive for décembre, 2006

30
déc

J’ai calculé le salaire minimum malagasy

Vous êtes en droit de dire “c’est quoi ce titre”, car vous êtes en droit et parce que je ne suis pas économiste mais j’avais envie de le faire. :)
Pour me rendre compte très vite que ce n’est pas un exercice facile tant il existe de scénarios. D’abord partie pour calculer le minimum nécessaire si je m’y retrouve par le plus grand des inattendus et aux antipodes de la fuite des cerveaux, j’ai finalement essayé de me repositionner dans le cas d’une personne lambda représentative de la société actuelle malagasy. Avec toutefois quelques éléments de disconvenance, voire de dissimilitude pour cause de décence idéalisée du minimum. Les calculs se basent sur des prix recueillis en avril 2006.

1 Ariary = 5 Fmg
1€ = environ 2600 Ar pour avoir un ordre d’idée, tout en tenant bien compte de la différence de niveaux de vie de ces sociétés.

 Scénario 1: Personne célibataire vivant seule, travaillant loin de son domicile 5 jours par semaine (ni week-end ni jours fériés), ne possédant pas de voiture, en parfaite santé et ne prévoyant pas de tomber malade dans les années à venir, débarquant dans le scénario déjà vêtu de la tête aux pieds et dont l’intérieur est déjà un minimum aménagé. Par ailleurs, on l’imagine manger du riz deux fois par jour en tant que bon Malagasy, de la viande 5 jours sur 7, dont au moins un repas équilibré (riz, plat, fruit) le week-end. Un monde parfait et légèrement disconvenant donc, je l’accorde. Pour le reste, le calcul est tiré vers le bas par défaut.

Dépenses mensuelles:
Trajets professionnels (en taxi-be): 12 000 Ar
Trajets personnels: 2 400 Ar
Repas (petit-déjeûner): 700 Ar
Repas (midi au travail): 10 000 Ar
Repas (midi, WE): 8 760 Ar
Repas (soir): 4 900 Ar
Loyer: 50 000 Ar (électricité mais sanitaires, douche et partie cuisine possible extérieurs)
Charbon: 3 000 Ar
Savon + dentifrice: 1 600 Ar + 1 600 Ar
Jiro sy Rano (eau et électricité): 10 000 Ar
PPM (produits de première nécessité): 2 070 Ar
Frais divers: 10 000 Ar

TOTAL salaire minimum du scénario 1 = 117 030 Ar soit 45€
Le loyer représente ici 43% du budget. Sur la base qu’il doit en constituer le tiers, le salaire minimum devrait être de 150 000 Ar soit 58€.

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26
déc

La Génération Sacrifiée ( The Sacrificied Generation)

C’est le titre du Livre de Lesley Sharp, professeur d’ Anthropolgie et Santé Publique à Columbia University. Dans cette étude, Sharp étudie la mémoire collective de Madagascar de la période post-coloniale. Elle réfute notamment la théorie que Madagascar et ses enfants sont des victimes passives et impuissantes des crises de la période coloniale et post-coloniale. Elle affirme, au contraire, que la jeunesse á Madagascar est parfaitement consciente du pourquoi de la situation actuelle et qu’elle porte un regard critique sur son passé et son avenir.

Le terme « La génération sacrifiée » fait réference á un contexte bien particulier. La 2éme république etait fondée sur le principe cher à Franz Fanon que pour être indépendant, il était parfois nécessaire qu’un pays sacrifie une génération pour implimenter les bases d’une nouvelle identité nationale. Un des aspects les plus apparent de ce concept etait l’institution de la langue Malgache comme langue première d’enseignement dans les écoles (Malgachisation). Le sacrifice etait alors évident: passer en langue Malgache pour l’apprentissage de certaines matières signifiaient non seulement tout un lexique à recréer en Malgache mais aussi un gouffre qui s’installait alors entre la génération parentale eduquée en langue française et la nouvelle qui innove la langue Malgache.

(SN (service national) reconstruisant une route dans les annees 80)

L’abandon de la Malgachisation fut alors décidée, plus pour un problème d’execution pratique que de rejet de principe. Cependant il semblerait que l’administration actuelle semble vouloir la remettre à l’ordre du jour. Ce sujet est certainement de nature plus complexe que ce billet ne voudrait l’admettre. Mais avant de revenir au sujet initial de ce billet (le livre en question), je laisse le dernier mot à Michelle Rakotoson : « Posez d’abord les conditions de l’africanisation : les livres, les maisons d’édition, la formation des enseignants… Que ceux qui hurlent pour la [Malgachisation] se disent aussi qu’ils ont eu l’avantage de parler le français, qu’ils ne retirent pas cet avantage à d’autres. Il faut [malgachiser] mais il ne faut pas que ce soit un enfermement. Il faut se poser des questions avec des économistes, des psychologues, des auteurs, se donner petit à petit tous les moyens. »

Extrait du livre de Sharp sur La « génération sacrifiée » :

Une jeune femme de 33 ans nommée Fleur explique : ” J’entends souvent les autres demander : ” Qui appartient à la generetion sacrifiée ?” Je vais vous le dire : C’est nous. Parce qu’en fin de compte, Nous sommes ceux qui avons traversé tous ces tourments, réussi nos examens, pour éventuellement nous retrouver au chômage. Le vrai problème de notre pays, c’est lui, le chômage. C’est lui qui nous détruit. L’étude que vous (Sharp) faites sur la scolarité de ces enfants n’est que la seconde vague de ce désastre.“”

Articles sur la malgachisation

Lesley Sharp bio.

Le livre.

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22
déc

Madagascar en plein vol | photos de Frank Mulliez



village de pêcheurs près de Toliary| Madagascar en plein vol | couverture puis page 197

J’aimerais vous faire part de mes premières impressions sur la dernière œuvre du photographe Frank Mulliez ‘Madagascar en plein vol’ [Tana éditions | octobre 2006 | 200 pages | 27×27 cm]. Il s’agit d’une véritable visite photographique dans le sens antihoraire de Madagascar. Continue reading ‘Madagascar en plein vol | photos de Frank Mulliez’

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19
déc

VANF sur Malagasy Miray

Voici un article paru aujourd’hui dans l’express de Madagascar. VANF sur Malagasy Miray.

“Puisque tu pars

Par NASOLO-VALIAVO Andriamihaja

Le syndrome de la diaspora se retrouve pas plus loin qu’à 120 km de Tana. Des “immigrés” Merina s’y inventent une convivialité qui serait parfaite indifférence des uns envers les autres sur l’esplanade du Palais des Sports à Mahamasina.
En octobre 2006, j’avais commis une chronique (en thème et sa version) sur la diaspora malgache de France. Passablement piquée au vif ou franchement amusée, celle-ci (au moins une partie, parce qu’elle n’est pas non plus monolithique “la diaspora”) réagit en se donnant rendez-vous sur un “kianja” (malagasy.wordpress.com malagasymiray.net et les liens connexes vers d’autres espaces plus personnels).
Il faut dire que j’avais abordé le phénomène “blog” par un côté assez austère : celui de l’ancien premier ministre français, aujourd’hui maire de Bordeaux, Alain Juppé. La légèreté se doit d’être sérieuse sinon on verse dans la bêtise. Aujourd’hui, un ami, qui plus est de ma génération, lance une invitation à la cantonade à rejoindre son espace de discussion online : je me demande si je m’y ferai jamais. Pourtant, on y lit finalement quelque chose qui n’est pas nécessairement primaire, nunuche ou scandaleux. “Malagasy Miray” vaudra d’ailleurs toujours infiniment mieux que les conneries que débitent à longueur d’année les politiciens locaux dont personne, malheureusement, ne voudrait à l’exportation.
La diaspora donc, disais-je, celle-là au moins, m’a l’air plutôt sympa. Bien sûr, la diaspora n’est jamais aussi exécrable que quand elle prétend faire la leçon avec le confort de 10.000 km de recul. Mais, un “hédoniste, adepte d’Epicure et partisan du Carpe Diem” ne peut être tout à fait mauvais, concédons-le. Quelqu’un capable de s’arrêter à pareille citation – “faire et en faisant se faire et n’être que ce que l’on s’est fait” - non plus. Certains témoignages inspirent le respect comme celui-là, au détour d’une discussion sur la fatalité de rester ou le choix de partir : “Je ne pardonnerai jamais à ce pays de ne pas avoir su retenir mes enfants”.
Une tragédie qui remonte à 1988. L’époque des dernières années d’un Service national même pas optimisé en rigueur et discipline ou spécialisation, mais occupé à jouer à la belote. Des ultimes soubresauts également du socialo-communisme aux multiples ravages dont Madagascar ne s’est toujours pas relevé dix-sept ans après la chute du Mur de Berlin. Une époque où la parité du Franc Malgache avec le Franc Français ne mettait pas encore Ivato à des années-lumière de Roissy.
La Chronique en question, sur les “Gasy d’Andafy”, était documentée à mon vécu propre et celui des proches que j’ai observés en entomologistes de nos petites manies. Moi aussi, il m’était arrivé de faire venir du Rhum Vieux (ou moins vieux) de chez Dzama, que je sirotais en solitaire (parce que la diaspora Gasy n’est pas agglutinée) dans la pénombre d’une nuit d’hiver et d’entendre monter sur quelque radio FM parisienne les accents pathétiques de “Mitanilanila ilay masoandro”. Le cocktail Erick Manana – “Rhum 52% du volume” a vite fait de rompre la digue des larmes de la nostalgie du pays.
“J’aime ce pays”, devais-je dire un jour à une de mes cousines, née là-bas, qui y a toujours vécu et qui ne s’indigne même plus que je lui dise qu’elle n’a rien de Malgache à confondre les machos de chez nous avec les fils de Don Corleone. J’aime ce pays parce que c’est le mien. C’est mon droit de me faire à la décrépitude des infrastructures, de me résigner à la ruine du service public, de composer avec le pourrissement de la mentalité. A une autre époque, je m’engueulais avec la diaspora. Depuis, je ne crois plus que ce soit un devoir pour tout le monde d’avoir à supporter l’insupportable par nationalisme militant.”

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19
déc

les enjeux de la question de la culture par Janine Ramamonjisoa

Morceau choisi car je ne saurais l’exprimer mieux, partageant nombre de points de vue. :)

1. Quelques repères

Nous ne parlerons pas ici de la culture des gens “cultivés”, faite de signes distinctifs qui opposent les êtres cultivés aux êtres incultes, de la culture-niveau d’éducation, de la culture de l’individu instruit, consommateur ou producteur sur le marché des produits culturels. Nous ne posons donc pas l’équation culture égale niveau d’éducation : l’éducation, celle puisée à l’école, comme celle héritée et apprise dans les familles, fait partie de la culture mais celle-ci ne se réduit pas à elle.

Nous ne parlerons pas non plus de ce qui est le plus visible et le plus audible : les chansons nées des rythmes et mélodies des terroirs et des villes pour faire danser les jeunes, et relevant d’un marché de la musique de variétés et du folklore. Cette musique est partie intégrante de la culture mais, contrairement à ce qui semble évident pour beaucoup chez nous, la culture ne se réduit pas à elle.

Nous partirons plutôt de la définition devenue classique donnée en 1871 par l’anthropologue anglais Tylor de la culture - et de la civilisation -, l’un et l’autre terme étant chez lui
interchangeables : la culture c’est « ce tout complexe qui inclut les connaissances, la foi, l’art, la morale, la loi, les coutumes ainsi que toutes les autres facultés et habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société, bref l’élément appris des comportements humains “(that complex whole which includes knowledge, beliefs, art, morals, law, custom, and any other capabilities and habits acquired by
man as a member of society
” .) La culture est alors définie comme le “capital idéel et matériel d’une société donnée”.

(…) la culture, à la fois et en même temps reflète, crée, modèle une personnalité typique des populations qui la partagent.
(…) - chaque culture est unique dans sa singularité -, et au relativisme culturel - il n’y a pas de normes en matière de culture, pas de cultures supérieures ou inférieures, chaque culture privilégie tel ou tel ensemble de valeurs, tel modèle (…), selon les modèles (patterns) culturels transmis par chaque société et inculqués aux enfants dès le plus jeune âge. Il faut évidemment tenir compte du fait que ce type d’analyse ne s’appliquait qu’à des sociétés de petite taille, sans classes, isolées des grands courants d’échanges ;

(…)

En simplifiant, nous dirons avec l’anthropologue Lucy Mair “a culture is the common possession of a body of people who shares the same traditions ; in social terms such a body is a society », la culture est le patrimoine commun d’une société, d’une communauté plus ou moins large, du clan à la nation.

Et pêle-mêle : la culture qui s’hérite, modèle mais sur laquelle l’on peut agir, oriente, sanctionne, récompense, que l’on transforme. La culture, partie intégrante de chaque individu, porteur et créateur de culture à la fois. La culture qui assigne un sens aux êtres et aux choses, aux éléments, du visible comme de l’invisible, la culture qui pense le réel. La culture qui unit et différencie. La culture comme traversée par l’histoire, en perpétuel changement, tout en restant apparemment elle-même, constituée de noyaux forts qui structurent les autres éléments qui la constituent. La culture qui s’adjoint les uns et les autres apports et les remodèle à sa manière, avec parfois le risque d’en mourir un peu. La culture incluant des attributs de classe, la culture non monolithique. Des contradictions dans les valeurs de la culture traduisant les représentations des diverses forces sociales. Culture dominante, éventuellement sous-cultures. La culture : ses points forts, qui structurent, et ses points faibles, qui divisent.

 

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17
déc

Le systeme D

amortisseur casséPour mon premier article sur ce blog, je cherchais un sujet qui rassemble tous les malgaches ou amoureux de Madagascar…Il y en a forcément de nombreux (le métissage, la faune et la flore, l’origine du peuple, la religion, les fady, la cosmologie, la langue, le développement, les traditions, les ancetres, la vie et la mort, etc.)… De plus, avec ma sensibilité de Vazaha, je risque de passer à côté de sujets qui touchent le fond de vos coeurs… Je m’y risque quand même.

J’ai toujours l’habitude de voir la vie du bon côté, désolé pour les pessimistes… et je trouve qu’une des forces des malgaches, c’est leur extraordinaire capacité, même s’ils ne sont pas les seuls, à se débrouiller, à inventer, à créer à partir de rien.. en bref le sytème D…

Bien sur, cela fera sourire les occidentaux, certains avec moquerie, mais bien plus nombreux seront admiratifs…

Vous avez certainement vu ou été acteur de choses incroyables dans ce formidable pays..
J’ai des milliers d’exemples… Il faut que je donne un exemple, méfiez-vous si je commence je squatte ce blog … J’en donne un qui parait si banal aux malgaches, mais réfléchissez y deux fois…

De retour des Tsingy, nous avons cassé l’amortisseur d’un 4X4, il faisait horiblement chaud. Les villageois, dans un endroit de nulle part, ont trouvé une chaine et après l’avoir enroulée autour des deux morceaux d’amortisseur cassés, nous avons pu rentrer…

Le chauffeur, sur le retour, sur de la réparation, n’a pas été moins vite…

C’est ce génie qui leur semble tout naturel qui nous a évité de rester au milieu de nulle part !

[En savoir plus]

Si vous ne commentez pas ce billet en me donnant d’autres exemples du génie malgache de la débrouillardise…de vos coups de coeur…Eh bien, c’est que vous n’avez jamais été à Madagascar ou vous avez les yeux de l’aveugle sans le savoir…

C’est un ultimatum pour le bonheur des lecteurs… je suis déjà sûr de me régaler..
A vous (;=)

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17
déc

Krismasy mitady ravin’ahitra

Le titre est trompeur, le corps du texte ne sera pas en malgache. Le but du post est de sonder : “Comment la fêtez vous votre Noël à Madagascar ou an-dafy?”. Noel au Canada pour moi fut un choc de culture. Autant de fanfares n’ont pas éveillé en moi la joie de Noel. Quoiqu’ici, on l’appele maintenant le Temps des fêtes pour ne pas négliger les non-chrétiens ou les non-croyants. Que sais-je, je ne cherche pas à savoir.

Comment la fêtez-vous le Noel, quelle tradition sur quel menu?

Pour moi, Noel commence bien tôt, trop tôt à mon goût que les fanfares me sapent le moral à un moment donné. Ensuite, c’est la folie des achats et les cantiques de Noel revisités par plusieurs artistes en quête de disque platine et les magasins qui se cherchent des ventes. L’autre jour, j’entendai “petit papa noel” en rythme hip-hop, je ne la sentai plus la joie de Noel. Mais les décors sont magnifiques, les maisons reprennent des belles couleurs et les rues s’illuminent.

Le 24 au soir, la famille se rassemble chez les beaux-parents, l’arbre de Noel trône dans l’immense salon typiquement nord-américain, les cadeaux bien enveloppés sont déjà placés sous l’arbre, après tout on ne croit plus au Père Noel. On s’habille (en jean ou tenue de ville) pour la messe de minuit, on enfile manteau chaud et on ne l’enlevera plus tant qu’on ne revienne pas à la maison. Je n’ai jamais compris pourquoi les gens n’enlèvent pas leur manteau dans l’église. L’église, elle, est à moitié remplie (pour ne pas dire à moitié vide) et quelques choristes chantonnent pour les fidèles, qui eux sont muets durant l’heure de messe. Arrivée à la maison, c’est le fricot au poulet. Mon beau-papa a une recette spéciale dont je suis adepte et impatiente de la savourer. Mon mari boit son Alpine et moi ma crème de menthe. On ouvre les cadeaux et on crie de joie et de rires. On finit par se traîner au lit à 3 ou 4 heures du matin.

Le lendemain, on relaxe, on range les papiers de cadeaux qui trainent, on visite les autres membres de la famille, et on prends une petite virée en ski-doo si le temps le permettait. Et on mange de nouveau comme des lions: Six-pâtes, dinde farçie avec gelée de canneberges et bûche de Noel. Après on dort avec un gros ventre au père Noel.

Et vous?

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