Madagascar un Objet Flottant Non Identifié ?

Après le post précédent, comment savoir qu’on est malgache, maintenant comment deviner qu’on est à Madagascar ?

En bon petit français que je suis, j’ai toujours entendu parler de Madagascar. Mais au fait, comment, quand, pourquoi ?

A l’école, en cours d’histoire, non décidément rien sur Madagascar, car si la décolonisation est abordée à propos de l’Algérie et de l’Indochine, les 120 000 morts de Madagascar et du corridor en particulier ne valent apparemment meme pas une ligne au collège ou au lycée. Des discrets vous dis je !

A la télé peut être, oui, effectivement de vagues souvenirs de lemuriens gambadant sur des pitons rocheux acérés. Madagascar serait il un caillou hostile peuplé de quadrupèdes rigolos style Mako Moulage (spéciale dédicace pour ceusses qui ont connu) ?

A la radio, que dalle, dans les livres, nib… Pas un chanteur, pas une vedette, pas un champion de sport (et oui Et 1 et 2 et 3 zéro, la triplette malgache championne de pétanque n a malheureusement pas dépassé les frontières du cercle connaisseur bouliste, peut etre un vieux marseillais s en souvient il encore mais hors ca ?) alors quoi ? Une étudiante discrète à l’ENSA de Nancy, vision furtive, taille aussi modeste que le nom est long et impronnonçable, un rêve lointain qui passe.

Qu’est ce qui fait qu’après Tahiti, Madagascar est la destination mythique des français (entre autres), une sorte de Graal, un non pays qu’on reve mais qu on ne connait pas, un triangle des Bermudes où s’envolent et se blotissent des représentations fantasmées ? Je me pose la question et je ne sais, mais comment voyais je Madagascar avant de le découvrir ?

Bizarre, hein, ben non. Demandez a des francais ce qu est pour eux Madagascar. Une ile, déjà bien si ils le savent, francophone ! aie vous avez affaire à un lettré. Je crois que je savais rien de tout cela. je m’attendais a quelque cases en torchis, des danses furieuses au son du djembé (l incarnation de la musique exotique pour tout d’jeuns qui se respecte), des pagnes en feuille de bananier, des savanes profondes, de fières girafes paressant au milieu de lions affamés et de gnous sur leurs gardes. Un genre de cliché Banania, pas vraiment politiquement correct, mais ma vérité à l’époque et ma triste honte maintenant.

Un jour de novembre, l’avion et le départ. Paris : 14°, Tana : 11°. Euh, y aurait il erreur ? Rapidos direction Anosibe, ex stationnement pour le Sud, wouhaou le taxi brousse, tellement typique, les genoux sous le menton, la main crispée sur le siège dans les virages. Enfin l’Afrique !

La main du chauffeur s’approche lentement de l’auto radio, une cassette prete a cracher. Yes, Alpha Blondy, Tiken Jah Fakoly ou bien Manu Dibango, enfin l’Afrique !!!

Euh, pardon, là j ai du me gourrer d’avion : Jo Dassin… Jo Dassin en boucle de Tana jusque Fianarantsoa, 8 h de Jo Dassin. Jo Dassin dans les virages, Jo Dassin dans les montées, Jo Dassin dans les descentes, JoDassin quand ma voisine vomit ou quand le pneu a crevé. Jo Dassin, Jo Dassin, Jo Dassin. Merci à la pause salvatrice à Ambatolampy, Jo Dassin ayant eu la décence de ne pas gouter au akoho rony (bien cuit le akoho comme l’avait conseillé mon docteur), préférant rester bien au chaud dans le mini bus.

Arrivée dans la nuit sous la bruine, maisons de briquettes rouges, odeur de fumée âcre et quelques passants drapés de gris. Parti de Paris, aurais je fait une bonne nuit et une bonne journée de trajet pour tomber à Tourcoing, les collines en plus ? Enfer et damnation, on m’aurait menti ?

Et puis le temps qui passe, et l’oeil qui s’habitue, et la bouche qui goûte, le regard qui scrute, le nez qui hume et l’oreille qui écoute… Alors explose à nos sens le charme de Madagascar, ce charme qu’on ne connaît pas avant, ce charme qu’on ne sait dire, ce charme que la télé, les livres, la radio, les photos n’ont pu transmettre. Ce charme qui nous imprègne et nous enveloppe ensuite partout où nos pas nous mènent, ce charme qui fait qu’on est peut etre pas malgache mais qu’un lien indéfectible nous relie désormais pour le reste de nos jours à l’île qu’on ne sait définir, Madagascar, l’OFNI…