JJG« Que la vie t’apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais nous t’aurions tout à fait perdu
Garde cette chance
Que nous t’envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
et loin de nos villes,
comme Octobre l’est d’Avril
Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte
indelebile… »

« Puisque tu pars » J-J. Goldman.
En cogitant sur le « pourquoi »et le « comment » de la diaspora Malgache et de ses habitudes, ce morceau de l’album « entre gris clair et gris foncé » me revient souvent en tête. A d’autres, cette chanson et ce passage pourraient paraitre ringard, pire meme niais. Pourtant, remis dans le contexte de l’exil des étudiants malgaches des années 80-90, cette chanson véhicule un poids affectif et nostalgique non négligeable.

Fin des années 80, Antananarivo.
Ma soeur, fraîche lauréate du bac, prépare ses valises pour la France et les classes préparatoires.
Déjeuner dominical avec la grande famille, officiellement pour la fete nationale, officieusement pour un dernier au revoir. L’ambiance est chaleureuse, comme souvent, rires aux eclats, jeu de cartes, et bien sur, à manger: « ny tsisy aza aroso » :)
Un des cousins met en marche la chaîne Hi-Fi, et joue l’un des 5 CDs presents ( et oui, ça ne nous rajeunit pas) , puis chante en choeur avec une cousine « Puisque tu pars ». Ma soeur s’arrête , sourit puis son visage se crispe et elle quitte subitement la salle. Elle sait alors, comme le reste de la famille, que ces moments de bonheurs se feront plus rares, et que déchirement est ineluctable….il y a des situations plus faciles à gérer à 16 ans.
Je connais la reaction à ces histoires d’exil, une rengaine assez commune:
« C’est un choix deliberé que la famille doit assumer. C’est déja une chance unique qu’elle obtienne cette opportunité, d’autres n’ont pas eu cette chance….etc »
Tout cela est certainement vrai. Mais ayant vécu personellement les sacrifices de ma famille durant cette periode, le vide impossible à combler, les conversations télephoniques trop rares car trop chères et les histoires d’adaptation ardue, j’ai du mal à critiquer la tendance de la diaspora malgache à essayer de recréer un peu de son « chez-soi » à l’exterieur.

« You do what you have to do to survive ».

Les habitudes de la diaspora sont parfois comiques et il est toujours trés sain de pouvoir rire de soi et des siens.
Mais l’exil n’est jamais totalement choisi. On ne quitte pas son pays, sa famille, et son cocon avec gaité de coeur. Le déchirement est variable selon les personnes mais toujours present, sinon on il ne serait pas un sujet permanent de la blogosphère, n’est-ce-pas ?
La situation a changé, et c’est tant mieux. Il y a de nos jours une alternative réelle à l’exil pour une formation compétitive à domicile et et une belle carrière menée de bout à bout à Madagascar. Ce n’etait pas toujours le cas. Une phrase de mon oncle en 1988 me marque encore:
 » Je ne pardonnerai jamais à ce pays de ne pas avoir su retenir ses enfants.  »
Car à choisir, à opportunité égale pour obtenir une formation académique complète, la majorité d’entre nous aurait preferée poursuivre son épanouissement à domicile. Ou au moins, avoir le choix.
La diaspora a-t-elle parfois des habitudes curieuses ? Absolument.
Mais elle mérite aussi notre bienveillance car bien souvent, elle essaye juste de se construire un avenir meilleur, en dépit de circonstances souvent défavorables.

PS: En dépit des apparences et du ton nostalgique de ce post, j’ai beaucoup ri et apprecié l’article de VANF. :)
lova