Communauté,  Culture,  Identité,  Langue (Fr)

Excès d’intégration ?

Chamelon TailMadagascar ChameleonTanalahy = Caméléon en malgache. – n.m. fig.: Personne qui change de conduite, d’opinion, de langage, suivant les circonstances.

 

Avez-vous constaté comme les petits italiens nés de parents immigrés italiens continuent à parler leur langue maternelle ? De même pour les petits espagnols, les portugais, les cambodgiens, les arabes, les anglais… Alors comment se fait-il que les petits malgaches nés en France (ou au Québec) ces dernières années ne sachent plus parler malgache ?

En effet, je l’ai particulièrement remarqué pour ceux qui sont de la dernière décennie, ceux qui ont entre 0 et 15 ans environ maintenant. Quand des amis me présentent à de nouvelles personnes d’origine malgache qui ont de jeunes enfants, j’hésite maintenant à demander si ces derniers peuvent s’exprimer dans leur langue maternelle, car souvent les parents répondent, un peu gênés «ils le comprennent très bien…», mais en fait ne le parlent pas. D’ailleurs, entre eux, les dits enfants ne communiquent visiblement que dans la langue de Molière.

Paradoxalement, j’ai rencontré de jeunes adultes malgaches nés à l’étranger et quelquefois n’ayant jamais vu Madagascar, qui s’expriment parfaitement dans leur langue d’origine, plusieurs utilisent exclusivement cette langue avec leur parent (comme pour être plus proches d’eux), et certains l’écrivent même.

Alors, d’où viendrait donc le problème de la dernière génération qui semble avoir oublié assez rapidement cet élément essentiel de leur culture ? Plusieurs personnes avec lesquelles j’en ai discuté l’attribuent à un excès d’intégration. Et la faute reviendrait justement aux jeunes parents qui ne semblent plus accorder la part qu’il faut au transfert de cet héritage. Dans l’éducation qu’ils administrent, la culture française prendrait progressivement le pas sur la culture malgache, jusqu’à ne laisser à cette dernière qu’une place symbolique dans la vie de l’enfant. En fait, ils s’adaptent trop (et trop vite) à la nouvelle culture environnante qui s’impose le plus.

Pourtant, je suis convaincue que les deux cultures peuvent coexister dans le cœur de l’enfant et le fait d’entretenir cette dualité ne contribuerait qu’à agrandir un peu plus son ouverture d’esprit et son épanouissement.

 

Lilia

14 commentaires

  • Mia

    Pas besoin d’aller à l’étranger, parfois même ici, certains d’entre eux nous ne parlent pas bien malgache. Quand j’étais petite j’ai commencé par apprendre le malgache, puis mes parents m’ont inscrite à l’école française car ils voulaient que je puisse suivre des études à l’étranger. Le malgache a donc été complètement occulté de ma scolarité. De plus, à la maison, on ne parlait plus malgache entre nous, tout le temps en français … Résultat aujourd’hui, j’arrive à m’exprimer en malgache ‘parfois à l’écrire) mais j’ignore complètement la signification de certains mots et j’ai parfois un accent très très moche ! Mais depuis que je suis rentrée je progresse 🙂 Et j’espère que mon bébé saura parler malgache même si je ne suis pas le meilleur prof !!!

  • Vola

    Je ne sais pas parler malgache, je n’en suis pas fière mais je n’en n’ai pas honte non plus. C’est juste une question d’adaptation… j’en reparlerai demain sur le post Malgachoscopie 🙂

    (bon, je n’exclue pas d’apprendre un jour non plus)

  • tomavana

    Na dia miteny Malagasy aza, izaho indray dia tena tavela lavitra amin’ny kolontsaina Malagasy ankehitriny. « Mpitono lavitry ny afo » hoy ny Ntaolo.

    Mba isan’ny mino koa anefa aho fa harena ny fananana fahalalàna [na dia kely fotsiny aza]. Ary na dia eo aza ny blaogysfera Malagasy mizara sy mampahalala ireo zava-misy, dia ampahany ihany [sangany ?] amin’ny tontolon’ny kolontsaina Malagasy izany.

  • Lilia

    Je parle à peu près couramment malgache (je sais, ça se contredit mais je m’entends)… Disons que mon oral est plus fluide que mon écrit. Et surtout, lire et parler le malgache éveille en moi une part de mon identité et une sensibilité que je ne retrouve pas en français ou en anglais que je parle pourtant beaucoup mieux.
    Mais, c’est l’état d’esprit que je cherchais à cerner dans ce post.
    Si Vola ne parle pas malgache, c’est dû à quelque chose qui remonte probablement aux parents…
    L’attitude que je condamne, c’est cette volonté de vouloir oublier (que je ne ressens pas chez Vola 😉 )

  • Many

    hmm sujet abordé dans mon article. Enfin,jesupposeque c’est (la langue) un point inévitable quand on aborde le sujet de la diaspora.

  • Mia

    Je remercie tomavana (en français) pour ces posts en malgache, que je lis toujours avec plaisir car j’y apprends constamment les subtilités de notre belle langue malgache.

  • Malagasy aty California

    Parfois, ce n’est absolument pas une histoire de vouloir oublier. Ayant grandi dans un pays arabe, on parlait francais et arabe a la maison et les parents utilisaient le Malagasy entre eux: c’etait leur code secret! Les 4 petits Malagasy que nous etions, n’avions aucune idee de ce qu’ils se disaient entre eux: cela m’enervait un peu! Depuis, il y a eu plusieurs retour au pays, et par commodite, les 4 petits Malagasy ont fait leur scolarite dans le systeme francais (et ce n’est pas faute d’avoir essayer les St-Michel, Esca, Ste-Antoine etc…). Peut-etre que mes parents ont fait un mauvais calcul, je n’ai jamais compris! Mais la ou cela faisait carrement mal c’etait d’entendre un directeur d’ecole dire a ma mere: « ils n’auront aucun avenir ici, ils ne parlent meme pas le Malagasy »! C’etait en 1982, a l’ESCA et le Directeur etait un religieux. Je n’y ai jamais remis les pieds.
    Lilia, tu comprendras pourquoi il m’est difficile aujourd’hui d’avoir une opinion sur le pourquoi quand on parle de l’utilisation ou non du Malagasy au sein de la famille: c’est un choix a faire, et je crois que chacun est libre.
    Apres, c’est l’enfant qui assume! Et, il peut essayer de rectifier le tir s’il veut, s’il peut.
    Merci de partager ton point de vu en tout cas. Tu as lu le mien.

  • Lilia

    @Many. Ton expérience est hyper intéressante. Je reste « posted » pour ce qui est de ton retour ? 😉

    @Mia. Oui Tomavana m’apporte beaucoup aussi, et il me force à retrouver mon sérieux car j’ai tendance à blaguer systématiquement quand je parle malgache.

    @Malagasy any California. Merci pour ton point de vue, je n’avais pas vu les choses de cette façon… mais encore une fois, la responsabilité en incombe aux parents de donner cet héritage. Ensuite l’enfant fait son choix (il ne le pourra même pas s’il ne connait pas). En tout cas, sympa à toi de bien vouloir partager tes avis sur tous ces sujets ici 😀

  • IIdz

    Bjr à tous!!

    alors pourquoi les enfants malgaches à l’étranger ont du mal à parler le malgache ben c’est dû au parents car si des la naissance les parents te parle en francais c foutu d’avance.

    par la suite ces enfants essaye de parler malgache soit par ce qu’il sont parti en vacs ou par volonté mai le problème de retour ici ils subissent des moqueries par les amis et meme parfois les adultes critique leur accent vazah et du coup ils ont plus envie de le parler! c’est pour ca que bcp comprennent mais ne parle pas.

    voilà à bientot!

  • tomavana

    @ Mia & Lillia Vos paroles me vont droit au coeur, MERCI ! 🙂
    C’est bien futile au vu du sujet, mais j’ai moi-même dû longtemps peser le pour et le contre avant de me lancer en malgache [le blog j’entend]. Peut-être au détriment d’une plus large diffusion [drame d’Ambohitranala >>], c’est finalement la raison pratique qui l’a emporté. Le besoin de pratiquer mon malgache qui depuis longtemps avait cédé sa place au profit de la facilité du ‘vary amin’anana’.

    @ McMalagasy & Lillia Dans mon cas, bien que mes parents m’ont fourni le terreau nécéssaire [le juste choix du malgache ?], je me rends compte que malgré tout, je ne puis esquiver certaines responsabilités ou choix qui n’incombent qu’à moi : entretenir ce savoir ou laisser tomber tout simplement ?

    @ Vola & IIdz Si cela va dans un sens, cela doit bien être possible dans l’autre. Je m’explique, dans la vie de tous les jours je n’ai JAMAIS le loisir d’écrire en malgache. J’insiste, mais lentement et sûrement je perdait sa pratique 🙁 au fait Vive la ‘blaogysfera’ ! 😀
    Si votre envie est vraiment le fruit d’un désir perso et non la conséquence de quelconques pressions extérieurs. Vous savez que faire du qu’en dira-t-on et je me joint a tous ceux qui vous encourage à perseverer 😀

  • IIdz

    @ tomavana Moi c juste un témoignage, mai perso je parle malgache courrament mais j’ai u du mal a cause de ce qu’en dira-t-on mai j’ai persévérer et à l’age de 18 ans j’ai fini par mettre de coté le « qu’en dira-t-on ».

  • lilia

    @ Tous.
    Je vous donne un exemple concret du comportement typique de certains gasy face à la langue.
    Pour vous situer le contexte, nous sommes dans la vague de la Malgachoscipie de la semaine dernière. Il me semblait que le maître mot était la fraternité au milieu de notre diversité.
    Mais voilà ce que me dit Harinjaka dans un commentaire chez lui : http://harinjaka.com/weblog/2006/11/17/malagasy-kopy/#comment-2808

    Qu’est-ce qu’il dirait aux autres qui essaient de parler malgache, sans même question de l’écrire ?
    Comment avancer quand quelqu’un de chez nous avec lequel on pensait partager des points communs, vous jète comme ça ?

  • Vola

    OT: whaouh, les polémiques entre bloggueurs, ca fait monter l’audimat, le saviez-vous ?

    Bon, on est entre amis, et donc je me permets un petit rappel. Le fait de ne pas partager les mêmes avis sur toutes choses, d’abord, c’est sain, et aussi ça n’empêche pas de continuer à se parler de manière courtoise et/ou d’obliger les autres à prendre parti pour un tel ou une telle.

    Misy namanao tena tia ôôôôô
    (je sais pas ce que cette phrase signifie exactement, mais c’est la seule que j’ai pu extraire d’une chanson)

    Make peace, not war.

  • Tattum

    Ca y est! Ca y est! Merci aux admin de cette plateforme (bon, je vais leur écrire car à chaque fois c’était pour demander, cette fois ce sera pour remercier!), les noms des auteurs s’affichent. Reste plus qu’à corriger certaines signatures!

    J’allais dire Vola la médiatrice, mais tout compte fait, le terme médiateur n’est pas le mieux car, retenons les leçons du passé, les commentaires et la liberté d’expression ne doivent être considérés comme une dispute. Surtout que vous êtes tous finalement adminstrateurs de ce blog vu que j ‘ai donné à tous les clés, ce qui n’était pas obligatoire, chacun aurait pu accéder à une partie du dashboard de son propre compte. Bref… Ceci pour dire, que l’aventure collective se passe bien, elle en vaut la chandelle. 🙂

    Pour autant, je comprends la vexation de Lilia, je l’aurais pris pareil. Il faut reconnaître que sa remarque n’était pas infondée ni sur le ton d’une leçon, m’enfin, tout peut dépendre de la sensibilité de chacun également.
    Le problème de la critique et de l’autocritique a été soulevé à de nombreuses reprises lors de la Malagasyscopie, d’où le choix du politiquement correct encore une fois. De reconnaître qu’on y est très peu réceptif, et moi de conclure que « si nous n’ étions pas assez forts pour supporter la critique, nous serions trop petits pour mériter la considération ». C’est dommage qu’il ait fallu l’illustrer … Si l’on pousse l’argument avancé par Harinjaka, que chacun écrive dans la langue qu’il maîtrise le plus alors? Bon certains ont déjà fait ce choix. Meuh non, que chacun fasse comme bon lui semble, car vive le libre-arbitre! Mais n’oublions pas non plus, que seul, on n’avance pas, et que la remise en cause ne peut que projeter en avant. 🙂

    Si jamais mon commentaire sonne comme une leçon, ce qui n’est absolument pas le dessein, j’ai un flash à la Men In Black pour tout vous faire oublier! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.